Ahmed Ali Amir : Le Hamadi de la presse se soucie du sou du citoyen

AAALe 21 janvier, Ahmed Ali Amir, journaliste à Alwatwan, a publié un post sur Facebook, où il annonçait sa nomination par le président de l’Union aux fonctions de Directeur général du journal Alwatwan. Plus de 400 personnes l’ont félicité. Compte tenu de la taille du pays, de l’audience des médias et de l’impact des réseaux sociaux chez les Comoriens, c’est un oui massif au décret du président Ikililou. Même pour un grand journaliste comme A. A. Amir, vacciné contre les flatteries et les variations d’humeur de l’opinion, il y a place pour quelques battements de cœur de satisfaction. Pour ses amis aussi.

La nomination d’Ahmed Ali Amir est un gage donné par le président de la République, de sa volonté de conforter, pendant les élections, la liberté du quotidien national, financé par l’argent des citoyens. Cela est loin de garantir des élections libres. Mais nous savons au moins qu’à Alwatwan, il y a maintenant, plus qu’un garde-fou. Il y a un chevalier de la presse, un Hamadi wahe matrangazo.

Il y a à Alwatwan et ailleurs, des journalistes chevronnés, respectés, qui ont prouvé leurs qualités managériales. Plusieurs d’entre eux ont affronté la hiérarchie politique pour défendre la liberté de la presse et l’honneur de leur métier. Chacun d’eux aurait été un choix respectable en comparaison des nominations de directeurs auxquelles nous sommes habitués dans les entités étatiques. Raison de plus pour se réjouir de cet excellent choix d’Ahmed comme Primus inter pares – avec des pouvoirs.

Je me félicite de ses premières mesures : affectation de la voiture de fonction à la rédaction avec les 300 litres d’essence ainsi que les 100 000 de frais de réception. Les cyniques verront un geste publicitaire. Ceux qui vivent bien du chaos actuel et refusent tout pas en avant dans la droiture en attendant que Dieu nous donne un président-ange-dictateur qui changera la situation du jour au lendemain feront la moue.

J’ai eu le plaisir et la chance de travailler avec Ahmed Ali Amir. Il m’a conseillé au quotidien. Je peux ici témoigner de 3 qualités rares chez nous -il en a bien d’autres- qui peuvent expliquer ses premières mesures :
1 – la passion du travail bien fait. Je ne m’étonne pas qu’il affecte les moyens à sa disposition aux journalistes, qui doivent pouvoir téléphoner, se déplacer, payer les coûts de connexion à l’internet, et peut être acheter un sandwich (le/la journaliste bien en chair est une rareté dans ce pays).
2 – Il croit à la nécessité de la loi et à la transparence pour le bon fonctionnement d’une société. La première de ces lois après la constitution est à mon avis la loi des finances. J’imagine mal A.A. Amir, directeur d’une société publique, disposer de 100000 de frais de réception, qui ne sont budgétisés nulle part, ne figurent nulle part dans les textes constitutifs des sociétés publiques. A Alwatwan les 100000 apparaissent comme « frais de reportage ». Va donc pour les frais de reportage aux reporters ! On dit que qui peut le plus peut le moins. En matière de maniement de deniers publics, le plus commence par le respect des petits sous. Une rupture avec ce que nous avons appris, enfant dans les contes du soir, « mna mbuhu mtiti kamenye dalao ».AA Amir croit aux bienfaits de la rectitude.
3-Ahmed Ali Amir est un des rares compatriotes qui écoute l’autre. Labeka ? Oui. Chez nos instruits on ne s’écoute pas. Dès que Ali ouvre la bouche, Abou fixe son crâne ou son front, fait mine d’écouter (s’il est poli) alors qu’il est entrain de façonner le discours qui prouvera à Ali qu’un gosse de 3 ans est plus intelligent que lui. Dans ce pays nous n’échangeons pas, nous sommes dans une permanente compétition puérile : marquer des points ! Ahmed Ali Amir, sait écouter. C’est un atout de plus pour un directeur de média dont la rectitude et le talent ont amené les puissants qui ne lui montraient aucun égard jusqu’ici, à le positionner comme une des garanties du débat démocratique.

 

Par Said MCHANGAMA

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