Allaitement maternel : Rallonger la durée des congés de maternité. SciDevNet

Allaitement maternel : Rallonger la durée des congés de maternité

By Julien Chongwang

Des médecins préconisent le rallongement des congés de maternité, en vue de la mise en œuvre des recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF) qui prescrivent un allaitement exclusivement au lait maternel dans les six premiers mois suivant la naissance des bébés.

Pour Abdoulaye Diop, gynécologue-obstétricien à la clinique Nest à Dakar, au Sénégal, « si on demande aux femmes d’allaiter pendant six mois exclusivement au sein alors qu’au bout de huit semaines environ, soit deux mois, elles sont obligées de reprendre le travail à cause de la fin de leurs congés de maternité, il y a un paradoxe ».

“Une réduction du temps de travail d’une heure ne suffit pas pour garantir au bébé un allaitement exclusivement au sein.”

Abdoulaye Diop
Gynécologue-obstétricien

« Une réduction du temps de travail d’une heure ne suffit pas pour garantir au bébé un allaitement exclusivement au sein », ajoute-t-il.

Car, « lorsqu’on parle d’allaitement maternel, il faut que l’enfant tête trois heures de temps durant la journée et toutes les quatre heures durant la nuit », relève l’intéressé.

« Il faudrait peut-être adapter les législations au niveau des différents pays pour voir dans quelle mesure augmenter la durée des congés de maternité », poursuit-il, avant de conclure : « s’il y a un plaidoyer à faire, c’est de réviser le code du travail pour allonger la durée du congé de maternité dans certains pays ».

L’Organisation internationale du travail (OIT) attire pour sa part l’attention sur le fait que les mandants de l’OIT et les gouvernements, les syndicats, les organisations d’employeurs et de travailleurs, ont adopté une série de normes internationales dont la plus récente est la Convention 183 accompagnée par la Recommandation 191, toutes deux portant sur la protection de la maternité.

Ces deux textes, adoptés en 2000, fixent le cadre de référence relatif au congé de maternité, y compris sa durée.

A ce propos, la Convention 183 dispose en son article 4 que « sur présentation d’un certificat médical ou autre attestation appropriée, telle que déterminée par la législation et la pratique nationales, indiquant la date présumée de son accouchement, toute femme à laquelle la présente convention s’applique a droit à un congé de maternité d’une durée de quatorze semaines au moins ».

La Recommandation 191, pour sa part, va plus loin, en indiquant que « les membres devraient s’efforcer de porter la durée du congé de maternité visé à l’article 4 de la convention à dix-huit semaines au moins ».

Problèmes

Le texte précise en outre qu’une « prolongation du congé de maternité devrait être prévue en cas de naissances multiples ».

Laura Addati, spécialiste de la protection de la maternité à l’OIT, insiste particulièrement sur la formulation de la durée du congé de maternité dans ces textes.

« Le point important à retenir ici est la mention « au moins » qui revient chaque fois, dit-elle. Donc, il n’y a pas de contradiction avec les recommandations de l’UNICEF et de l’OMS relatives à la durée de l’allaitement maternel exclusif ».

D’ailleurs, poursuit-elle, « des données collectées en 2014 montrent que beaucoup d’Etats ont tendance à augmenter la durée du congé de maternité ; même si un bon nombre de pays restent encore en dessous de la norme de quatorze semaines au moins ».

« En même temps, nuance-t-elle, il y a une vingtaine de pays, en particulier des Etats de l’ex-bloc soviétique, qui accordent de longs congés de maternité. Récemment même, l’Inde a adopté un congé de maternité de 26 semaines ».

Quant à l’idée d’étendre la durée du congé de maternité pour l’aligner sur les six mois d’allaitement maternel exclusif recommandés aux femmes allaitantes, Laura Addati trouve qu’elle pourrait entraîner quelques problèmes.

Elle s’explique : « la question des six mois doit être perçue du point de vue de l’égalité entre hommes et femmes. Car, on ne peut pas traiter cette question sans répondre à la question de savoir qui va les payer. En effet, si c’est l’employeur, plutôt que la sécurité sociale, qui doit payer la totalité des six mois ou la durée qu’il faut ajouter pour atteindre les six mois, cela peut générer des discriminations vis-à-vis des femmes, parce que cela augmenterait potentiellement le coût du recrutement des femmes, celui de leur promotion ou celui de leur nomination à des postes de responsabilité ».

Coin d’allaitement

En attendant de trouver une approche susceptible de ne pas engendrer une telle discrimination, certaines mesures sont recommandées aux femmes allaitantes et aux entreprises pour lesquelles elles travaillent.

Florence Diame Diene, pédiatre à Dakar, indique que « de plus en plus, on explique que la maman peut traire une certaine quantité de lait qu’elle laisse à la maison pour qu’on puisse le donner au bébé pendant qu’elle est au travail ».

L’intéressée souligne qu’il est aussi recommandé « qu’un coin d’allaitement maternel soit aménagé dans les lieux de travail et qu’il y ait une sorte de crèche où les bébés sont gardés pour que leurs mamans puissent les allaiter à la pause ou à certaines heures ».

En plus de ces idées, Laura Addati révèle que les conventions de l’OIT prévoient un ensemble d’autres mesures possibles, à l’instar de l’accompagnement du congé de maternité par un congé de paternité, « afin de garantir, explique-t-elle, que l’enfant soit encadré par un parent pour une durée de temps qui correspond aux six mois. Le père pourrait ainsi emmener le bébé au lieu de travail de la mère pour qu’il soit allaité ».

Il en va de même de la réduction du temps de travail pour les femmes allaitantes afin de leur permettre d’aller allaiter leurs bébés.

D’autres recommandations incluent le changement des conditions de travail, avec, à titre d’exemple, le télétravail, qui permet de travailler depuis la maison ou encore le travail à temps partiel qui permet à la femme de travailler la matinée ou l’après-midi seulement, l’autre moitié de la journée étant considérée comme temps de congé et prise en charge par la sécurité sociale.

 

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