Apprendre le comorien, la particule associative « na »

Dans notre série consacrée à l’écriture du comorien, je vais aborder aujourd’hui la question relative à la particule associative na qui, en comorien, joue à la fois le rôle de conjonction de coordination (« et ») en reliant deux nominaux ayant la même fonction grammaticale, et de préposition (« avec »), en reliant soit deux nominaux ayant des fonctions grammaticales différentes, soit un verbal à un nominal.

Exemples :

ndrovi na mhogo (Ng)       « de la banane et du manioc »

ntrovi na mhogo (Nz)                               »

ndami na we (Ng)             « toi et moi »

wami na wawe (Nz)                    »

ye na hila (Ng)                  « il est capricieux » (littéralement : « lui avec caprices »)

waye na hila (Nz)                              »

hadja na mwana (Ng)       « elle s’est faite engrossée »

                                          (littéralement : « elle est venue avec un bébé »)

Jusque-là, rien de particulier. Mais, en shiNgazidja, les choses se compliquent dès que le nominal qui suit l’associatif est défini. En effet, contrairement aux autres dialectes comoriens où l’associatif reste invariable, en shiNgazidja, sa voyelle « a » tombe systématiquement dès lors que le mot qu’il relie porte un pré-préfixe (voir site de la FCC ici ou, pour plus de détails, voir site Palashiyo ici).

Pourquoi revenir sur cette question ? Dans mon souci et mon espoir de voir un jour le comorien instrumentalisé, c’est-à-dire utilisé véritablement comme instrument de communication écrite dans notre pays, il me paraît indispensable de respecter quelques normes dans notre façon d’écrire. Cela facilitera la communication et la consultation d’autres outils comme le dictionnaire.

Considérons les phrases suivantes tirés de vos messages :

holiho nde djitihadi wayifanyawo ne zedjuhudi zahawo
rirenge mfano no wanaziyoni wahe yembawa ya Patsy
zentsuzi zidja  namdohula noresheleya

Dans ces trois bouts de phrases, nous avons l’associatif na, avec tantôt une élision (= chute de la voyelle « a » : dans les deux premiers cas), tantôt un amalgame (= mélange de deux éléments pour former un seul élément : dans le troisième cas). Or dans cette manière d’écrire, rien ne permet de deviner ces phénomènes.

Dans la présente contribution, je vais traiter spécifiquement la question de l’élision de la voyelle « a » au contact d’un pré-préfixe.

Rappel :
Le pré-préfixe joue à peu près le rôle d’article défini, et qu’il doit s’écrire collé au nom qu’il définit. Il existe deux sortes de pré-préfixes :

  • ceux qui, en shiNgazidja, commencent par les voyelles « e » et « o » (prononcées[ye] et [wo]). Exemples :emwana           « l’enfant »,
    owalozi           « les pêcheurs »
    omkoɓa           « le sac »
    emiri               « les arbres »,
    emagari           « les voitures »
    eshiyo             « le livre »
    eziyo               « les livres »
    emɓuzi            « la chèvre »
    oupanɗo          « le mur »
  • et ceux qui commencent par des consonnes comme « le », « she », « ze » et « pvo ». Exemples :legari              « la voiture »
    shehiri            « la chaise »,
    zemɓuzi         « les chèvres »
    pvomtsana     « dans la journée »
    pvohari          « au milieu »

Lorsque ces mots sont précédés de l’associatif « na », la voyelle de celui-ci, comme on l’a déjà dit, s’élide. L’élision est symbolisé par l’apostrophe « ‘ », comme on le fait dans beaucoup d’autres langues dont le français (Ex. : l’école <la + école>, s’aimer <se + aimer>). Nous obtenons ainsi :

n’emwana               « et/avec l’enfant »,
n’owalozi               « et/avec les pêcheurs »
n’omkoɓa               « et/avec le sac »
n’emiri                   « et/avec les arbres »,
n’emagari               « et/avec les voitures »
n’eshiyo                 « et/avec le livre »
n’eziyo                   « et/avec les livres »
n’emɓuzi                « et/avec la chèvre »
n’oupanɗo              « et/avec le mur »

Les pré-préfixes commençant par les consonnes présentent tous une deuxième forme qui leur permet d’obtenir l’élision de la voyelle de l’associatif. Nous avons les couples suivants : « le/ele », « she/eshe », « ze/eze » et « pvo/opvo ». D’où :

n’elegari                 « et / avec la voiture »

n’eshehiri               « et / avec la chaise »

n’ezemɓuzi              « et / avec les chèvres »

n’opvomtsana       « et dans la journée »

n’opvohari              « et au milieu »

Autres exemples :

zentsuzi n’ezenazi             « les ambrevades et les noix de coco »

efundi n’owana-ziyoni      « le maître et les élèves

owanadamu n’emagari      « les gens et les voitures »

esirikali n’emaraîa             « l’administration et les citoyens »

hahuzu n’elegari                « il a aussi vendu la voiture »

L’élision de la voyelle de l’associatif n’est pas liée uniquement aux pré-préfixes. Elle peut concerner d’autres éléments de la langue, comme les démonstratifs :

n’oyi (= na oyi)
n’iyo (= na iyo)

mais naturellement, l’élision ne se fait pas quand le démonstratif commence par une consonne :

na zinu

na wanu

na shila

etc.

Enfin, le phénomène d’élision s’observe également avec d’autres particules, comme « nɗa » (c’est) et « ha » (avec, au moyen de). Exemples :

nɗa wala                           « ce sont ceux-là »

nɗami                                « c’est moi »

ha shononɗe                    « avec un couteau »

ha gari                               « au moyen d’une voiture »

mais :

nɗ’emlozi                          « c’est le pêcheur »

nɗ’owana                         « ce sont les enfants »

nɗ’ezembuzi                    « ce sont les chèvres »

nɗ’opvohari                     « c’est au milieu »

h’elegari linu                    « c’est avec cette voiture »

h’ezehila zahahe             « par ses caprices »

etc.

Pour conclure, cette façon de traduire l’élision par l’apostrophe permet, pour les apprenants, de voir plus rapidement les éléments constitutifs d’un mot ou d’une expression… La pratique habituelle d’écrire ne, no ou nde, ndo ou he, ho, est non seulement incorrecte mais risque de compliquer les règles orthographiques de la langue qu’il nous sera amené d’établir.

Par Ahmed Mohamed Chamanga

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