Apprendre le comorien, le relateur du présent « o »

Cet élément grammatical est très fréquent en comorien en général, et plus particulièrement en shiNgazidja et en shiMwali. On l’emploie dans ce que j’appelle le « présent ponctuel » ou « présent progressif » dans une phrase simple (exemple : ngamlo : « je suis en train de manger »), mais aussi, comme dans les autres dialectes comoriens, dans une phrase subordonnée relative (exemple : [shehindru / ishintrunilao : « [la chose] que je suis en train de manger »).

Si j’aborde ici cette question aujourd’hui, c’est que, au vu des différents textes présentés dans ce forum ou ailleurs, les Comoriens ont tendance ou continuent à faire précéder ce relateur par la semi-consonne [ w ] ou [ y ]. Or ces sons, dans le cas précis qui nous concerne ici, et comme je l’avais déjà écrit, n’ont aucune fonction grammaticale : ils sont purement phonétiques, c’est-à-dire qu’ils sont réalisés automatiquement en fonction de la voyelle qui précède notre relateur. Il n’y a donc pas lieu de noter ces sons [ w ] et [ y ] dans l’écriture. Je n’ai de cesse de préciser que l’orthographe générale d’une langue ne peut pas se baser sur le phonétisme.

Je rappelle que la plupart des verbes comoriens se terminent à l’infinitif soit par la voyelle « a » (Exemples : hula, (h)usoma, (h)utseha, (h)uona, etc.), soit (pour les verbes d’emprunt essentiellement à l’arabe) par les voyelles « i » ou « u » (Exemples : (h)ufikiri, (h)ukiri, (h)udhwani, (h)uredjei, (h)utimizi ; (h)utimu / (h)utsimu, (h)uhukumu, (h)utiɓu / (h)utuɓu, (h)uswifu, etc.).

Pour la réalisation phonétique du relateur, nous avons ceci :

  1. [wo], lorsque le verbe à l’infinitif se termine par « » ou « u ». Exemples :ngarila(Ng) ngerilao (Mw),
    ngamsomao (Ng) / ngomsomao (Mw)
    (izorionao (Ng) / (zorionao (Nz, Ma, Mw)ngarihukumuo (Ng) / ngerihukumuo (Mw)
    ngamswifuo (Ng) / ngomswifuo (Mw)
    (enamna) rihukumuo (Ng) / (inamna) rihukumuo (Nz, Ma, Mw)
  2. [yo], lorsque le verbe à l’infinitif se termine par « i ». Exemples :ngarifikirio (Ng) / ngerifikirio (Mw)
    ngazikirio (Ng) / ngezikirio (Mw)
    (i)zo mfikirio
    (mahala) rikontsio (Ng) / rikentsio (Nz, Mw) / (pvahali) riketsio (Ma)

Remarques : ce qui distingue le présent « simple » du présent « relatif » :

1) Nous savons que le présent « simple » se caractérise en shiNgazidja et en shiMwali, par l’emploi simultané de la marque du présent « nga »* et du relateur « o » et en shiNdzuwani et shiMaore par la seule marque du présent « si », « ku » ou « su » selon les variantes régionales. Traduisons par exemple « vous mangez » dans les différents dialectes. Nous obtenons ceci :

(Ng) ngamlao

(Mw) ngomyao

(Nz) msila / mkula

(Ma) msula / msudya

2) Pour obtenir le présent « relatif », il suffit généralement de supprimer le marqueur du temps (« nga » du Ng et du Mw, « si » ou « ku » du Nz et « su » / « si » du Ma) et d’introduire le relateur « o » à la fin du verbe conjugué :

(Ng) eshahula mlao

(Mw) ishahula myao

(Nz) ishahula mlao

(Ma) ishahula mlao… / mdyao

(Ng) si rilio
(Mw, Nz, Ma) wasi rilio

Pour les trois premières personnes du singulier, les choses se passent un peu différemment en shiNgazidja et shiMwali. Les référents sujets (je, tu, il / elle) ne sont pas toujours les mêmes entre le présent « simple » et le présent « relatif ». J’y reviendrai une autre fois…

Note :

* Le marqueur du présent « nga » subit l’influence du référent sujet qui le suit, d’où des réalisations différentes selon les cas : nga, ngo, nge, ngw, ngu

Par Ahmed Mohamed Chamanga

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