Apprendre le comorien : les indices-sujets

Dans mes différentes interventions, j’avais beaucoup insisté à ce que, dans l’écriture des formes verbales, on ne coupe jamais le pronom-sujet avec la base verbale. Il en est de même pour le préfixe de l’infinitif. Mais apparemment, nombreux sont ceux qui n’ont pas bien compris la question. Je vais donc essayer d’être un peu plus clair en me basant sur certains de vos écrits.

Je rappelle qu’en comorien les verbes à l’infinitif sont reconnaissables par le préfixe hu- ou hw- ou u- (en shiMaore et shiNgazidja, pour la plupart des verbes plurisyllabiques). Exemples : hula « manger », hudja (en Ng) / huja (en Nz) « venir », hwenɗa (en Ng) / hwendra (en Nz) « aller, marcher », (h)utseha « rire », (h)urenga « prendre », etc. Dans la plupart des cas, le préfixe infinitif disparaît lorsque le verbe est conjugué.

La forme verbale la plus simple est l’impératif, deuxième personne du singulier. Pour l’obtenir, il suffit d’enlever le préfixe de l’infinitif :

hula          –>            La ! « Mange ! »
hwenɗa    –>            Enɗa ! « Va ! » (en shiNgazidja)
hwendra   –>           Endra ! « Va ! » (en shiNdzuani)
utseha      –>           Tseha ! « Ris ! »
urenga      –>           Renga ! « Prends »

Seul le verbe hudja ou huja n’obéit pas à cette règle. Il donne à l’impératif : Ntso ! ou Ndzo ! « Viens ! » en shiNgazidja et  Ko ! « Viens » en shiNdzuani, shiMwali et shiMaore.

Dans les autres formes verbales, la base verbale est précédée d’éléments dont le nombre dépend de la forme verbale elle-même et de différents paramètres. Tous ces éléments doivent restés soudés à la base verbale.

L’élément constant est la présence de ce qu’on appelle l’indice-sujet. Il est nécessairement présent, que le sujet soit explicitement exprimé où non. Exemples :

(en shiNgazidja) Fatima hadja « Fatima est arrivée »
(en shiNdzuani)  Fatima aja 

Mais, en pensant à Fatima, on peut dire tout simplement :

(en shiNgazidja) Hadja « elle est arrivée »
(en shiNdzuani)  Aja

On peut aussi, à la place de Fatima, penser à la voiture qu’on attend. Dans ce cas, on dit :

(en shiNgazidja) Lidja « elle est arrivée (sous-entendu « la voiture »)
(en shiNdzuani)  Lija 

Et si on avait parlé de Fatima et Riama, on aurait obtenu :

(en shiNgazidja) Wadja « elles sont arrivées »
(en shiNdzuani)  Waja

Par contre, si on attendait plusieurs voitures, on aurait ceci :

(en shiNgazidja) Yadja « elle sont arrivées »
(en shiNdzuani)  Yaja

Ce sont ces éléments ha-a-li-wa- et ya- qu’on appelle indices-sujets. Ce sont des éléments pronominaux qui établissent un lien entre le sujet et le verbe et dont la forme dépend de la classe nominale du sujet. Ils peuvent être précédé et/ou suivis d’autres éléments liés au système verbal.

On notera que l’emploi de l’indice-sujet du comorien est différent de ce qu’on appelle en français « le pronom personnel sujet« . Dans cette langue, le nom sujet et le pronom personnel sont mutuellement exclusifs (Cf : Fatima est arrivée # Elle est arrivée).

Ces indices-sujets peuvent être précédés ou suivis par d’autres éléments qui permettent soit de situer le procès dans le temps, soit de donner une indication sur la manière dont ce procès se réalise. Cela peut être la marque de la négation (ka-), le présentatif (nga- en shiNgazidja et shiMwali), l’intimatif (na pour donner l’ordre), la marque du temps ou d’aspect (-si-, -ku-, -tso-, -a- en shiNdzuani, shiMaore et shiMwali ; -tsu-, -dja-, -a-/-aha- en shiNgazidja), l‘auxiliaire (-ɗo-, -ɗingo-, -djo-, -tso-, -tsingo, -paro- en shiNgazidja ; -ondro-, -ndro-/-ndzo, -lo-, -jo-, -ko-, -paro- en shiNdzuani) et enfin l’indice-objet (pronom objet dont la forme dépend de la classe nominale référée). Tous ces éléments seront détaillés au fur et à mesure dans les prochaines leçons. Ce qu’il faut retenir pour le moment, c’est qu’il ne faut jamais les séparer dans l’écriture.

En voici quelques exemples :

1. Le présent –si– et le futur –tso– en shiNdzuani. Considérons les expressions  :
nisifikiri « je pense », nitsoshindra « je pourrai » et non nitso shindra en deux mots)

2. L’accompli –dja– en shiNgazidja et –a– en shiNdzuani et qui va de pair avec la marque de la négation ka– : (en shiNgazidja) karidjasoma « nous n’avons pas lu », (en shiNdzuani)  karasoma

3. Avec un indice objet (=pronom objet) :
Rishisomo « nous l’avons lu » (en shiNgazidja) karidjashisoma « nous n’avons pas lu » et non karidja shisoma, en deux mots. Le sujet ici est « ri » et non « shi » qui est le pronom objet), (en shiNdzuani)  karashisoma

4. Avec un auxiliaire :
ngamdjoshisoma : « je le lirai »
nariɗohenɗa « Continuons notre chemin »
nisondromwona « je vais le voir »
karidjaparomwona « nous l’avons jamais vu » (en shiNgazidja)
karaparomwona                 »                            (en shiNdzuani)
karaparondromwona « nous n’avons jamais été le voir » (en shiNdzuani) etc, etc.

Évidemment, cela peut donner parfois des mots très longs. Cela n’est pas particulier au comorien. Dans d’autres langues, il arrive également d’avoir des mots très longs, comme le mot « anticonstitutionnellement » du français ou comme en allemand où l’on peut juxtaposer plusieurs mots en un seul du genre Kooperationspartner, Fahrradmitnahme, Bantuspracher, etc. Mais l’important est de rester logique et d’appliquer les règles orthographiques de la langue en question.

Par Mohamed Ahmed Chamanga

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