Apprendre à écrire le comorien : l’expression du verbe “avoir”.

Le comorien ne possède pas de verbe “avoir”. Pour l’exprimer, il a recours à la préposition na “avec” qui peut soit :

1)     être immédiatement précédée d’un pronom personnel ou d’un indice pronominal sujet à la forme affirmative :
Dans ce cas, la préposition na s’écrira collée au pronom. Cela apparaît au présent ponctuel, c’est-à-dire au moment où l’on parle. Ce qui se traduit :

         – en shiNgazidja par l’emploi de la marque du présent affirmatif  ng(a) :

ngamina    “j’ai”

ngawena   “tu as” Continuer la lecture

La classification des noms

La classification des noms se font d’après leur préfixe et leurs accords. En effet si nous considérons des mots comme :

  • mfaume“, “mshondje“, “mrumwa“, “mlimadji“, etc

et

  • mri“, “mrunɗa“, “mnazi“, “mkoɓa“, “mkatre“, etc

Nous constatons que ces mots commencent tous par le préfixe “m-“. Mais ils n’appartiennent pas à la même classe car les deux séries ne font pas les mêmes accords avec les verbes. Ainsi, on dira par exemple : Continuer la lecture

La dérivation verbale, l’applicatif

En comorien, les verbes primaires sont généralement formés de deux syllabes, sans la marque de l’infinitif “hu” que j’omettrai dans tous les exemples donnés ci-après. Exemples

Série 1 :

fanya (fa-nya)  “faire”

tsana (tsa-na)  “mâcher”

renga (re-nga)  “prendre”

tseha (tse-ha)  “rire”

funga (fu-nga)  “attacher”

vuna (vu-na)     “récolter”

pvima (pvi-ma) “mesurer”

lima (li-ma)       “cultiver”

soma (so-ma)   “lire ; étudier”

pvona (pvo-na) “être guéri”

etc.

Ils ont la structure CVCV où C est une consonne* et V, une voyelle. Ils se terminent presque tous par la voyelle “a” . Continuer la lecture

Le signe apostrophe (‘) en shiNgazidja.

Comme, je l’ai souvent écrit, le shiNgazidja est, parmi les dialectes comorien – pour ne pas dire le seul – celui qui « abuse » (si je peux m’exprimer ainsi) des phénomènes d’élision, d’amalgame, de contraction et de troncation.

Un peu de définitions

  • l’élision consiste en l’effacement d’une voyelle finale d’un élément devant la voyelle initiale d’un autre élément,
  • l’amalgame consiste au contraire en la fusion de deux sons en contact pour donner une autre son (Ex : a + i = e [kaidjalazimu → kedjalazimu] ; a + u = o [kaudjakiri →kodjakiri]),
  • la contraction suppose la chute d’une ou plusieurs sons d’un mot (Ex. ntsihu ndraru →ntsu ndraru),
  • la troncation consiste en l’omission de la dernière syllabe (Ex : Ɓo Ria ! pour Riama ; ɓoMhama ! pour Mhamaɗi ; E nɗa zi ? Pour « zipvi ? »). Continuer la lecture

Apprendre le comorien, le relateur du présent « o »

Cet élément grammatical est très fréquent en comorien en général, et plus particulièrement en shiNgazidja et en shiMwali. On l’emploie dans ce que j’appelle le « présent ponctuel » ou « présent progressif » dans une phrase simple (exemple : ngamlo : « je suis en train de manger »), mais aussi, comme dans les autres dialectes comoriens, dans une phrase subordonnée relative (exemple : [shehindru / ishintrunilao : « [la chose] que je suis en train de manger »).

Si j’aborde ici cette question aujourd’hui, c’est que, au vu des différents textes présentés dans ce forum ou ailleurs, les Comoriens ont tendance ou continuent à faire précéder ce relateur par la semi-consonne [ w ] ou [ y ]. Or ces sons, dans le cas précis qui nous concerne ici, et comme je l’avais déjà écrit, n’ont aucune fonction grammaticale : ils sont purement phonétiques, c’est-à-dire qu’ils sont réalisés automatiquement en fonction de la voyelle qui précède notre relateur. Il n’y a donc pas lieu de noter ces sons [ w ] et [ y ] dans l’écriture. Je n’ai de cesse de préciser que l’orthographe générale d’une langue ne peut pas se baser sur le phonétisme. Continuer la lecture

Débat sur le forum : “Wa Hudumzi”, “Warumizi”, Wahuladji, quel mot traduit le mieux “consommateurs”?

Traduire un mot, un concept n’est pas aisé, comme l’atteste le débat encours dans  le forum où spécialistes et non spécialistes discutent de la traduction de “consommateurs”

Mwanaesha

“Mgu naridjayilie rifunge tsumu ya hairi, ya iɓaɗa na mikatre mindji. Ngamdrengo eshwaɓaha shinu nilalike eshama shaho wa huɗumzi (association des consommateurs), wadje ha windji harumwa emadjaɗiɗiliano yahe tsumu ho CNDRS hayina mfumtsanu. Na tsiɗundzu pvanu eɓarnamadji.” Continuer la lecture

Apprendre le comorien, la particule associative “na”

Dans notre série consacrée à l’écriture du comorien, je vais aborder aujourd’hui la question relative à la particule associative na qui, en comorien, joue à la fois le rôle de conjonction de coordination (« et ») en reliant deux nominaux ayant la même fonction grammaticale, et de préposition (« avec »), en reliant soit deux nominaux ayant des fonctions grammaticales différentes, soit un verbal à un nominal.

Exemples :

ndrovi na mhogo (Ng)       « de la banane et du manioc » Continuer la lecture

Apprendre le comorien : le connectif et l’accompli relatif

Le connectif est une particule grammaticale qui relie deux termes dans un rapport de dépendance, le deuxième terme déterminant le premier (Exemple : masiwa ya Komori « archipel des Comores », “a” est le connectif qui s’accorde ici avec “masiwa”, d’où “ya“).

L’accompli relatif est un temps verbal qui exprime, comme son nom l’indique, l’accompli (à peu près le passé pour les verbes d’action et le présent pour les verbes d’état) en position relative (Exemple en shiNgazidja : eshiyo yasoma « le livre qu’il a lu »).

Sur le plan formel, ces deux éléments ont un comportement similaire, à ceci près que le premier est suivi uniquement d’un nominal (nom ou pronom ou groupe nominal) et prend un accord nominal, tandis que le deuxième est suivi obligatoirement d’un verbe conjugué et prend donc un accord verbal. Exemples : Continuer la lecture

Apprendre le comorien : les indices-sujets

Dans mes différentes interventions, j’avais beaucoup insisté à ce que, dans l’écriture des formes verbales, on ne coupe jamais le pronom-sujet avec la base verbale. Il en est de même pour le préfixe de l’infinitif. Mais apparemment, nombreux sont ceux qui n’ont pas bien compris la question. Je vais donc essayer d’être un peu plus clair en me basant sur certains de vos écrits.

Je rappelle qu’en comorien les verbes à l’infinitif sont reconnaissables par le préfixe hu- ou hw- ou u- (en shiMaore et shiNgazidja, pour la plupart des verbes plurisyllabiques). Exemples : hula “manger”, hudja (en Ng) / huja (en Nz) “venir”, hwenɗa (en Ng) / hwendra (en Nz) “aller, marcher”, (h)utseha “rire”, (h)urenga “prendre”, etc. Dans la plupart des cas, le préfixe infinitif disparaît lorsque le verbe est conjugué. Continuer la lecture

Les “pré-préfixes” dans la langue comorienne

Lorsque un nom est défini ou déterminé de quelque manière que ce soit, il reçoit un élément grammatical dont la forme dépend de la classe du nom ainsi défini. Certains personnes le désignent sous le terme d’article défini ou d’augment. Je préfère pour ma part le terme de pré-préfixe, employé par l’école bantouistique française et anglaise, car il se place immédiatement devant le préfixe nominal et son emploi est beaucoup plus vaste qu’un simple article défini. Continuer la lecture