Dragila Nike, Kofia Euro : Modernisation ou perte des valeurs !

Dragila Nike !
J’ai du regarder à plusieurs fois pour y croire. J’ai pris la photo lors de l’inauguration d’une mairie dans la très traditionaliste région de l’Itsandra. Le manteau Djoho ou Dragila est le nec plus ultra de l’habillement traditionnel comorien et de la broderie artisanale. Alors Nike ? Nike ? Vraiment ? Nike ! Sur le manteau symbole de l’homme accompli ? – regardez à gauche le 2ème Dragila à gauche. Que s’est il passé dans la tête du « Jeviens » qui a exigé “Dragila ya marque” pour son beau-frère ou son gendre ? Il est temps de labelliser la broderie artisanale comorienne.
Au fait apposer une marque sans autorisation est illégal.

Franc Parler à Dieu : Euro ! Euro

Las de porter des bonnets « Bismillah » qui ne gonflent ni les poches ni les comptes en banque, certains de nos frères en islam sont passés à un langage on ne peut plus direct  en s’adressant au tout puissant  : ils se prosternant avec le bonnet de prière « Euro, Euro »  Inshallah !

Msam

Un Dragila Nike, un Kofia Euro?  

Si aujourd’hui, nous trouvons ce genre de bêtises sur notre héritage, c’est en partie à cause de l’absence d’enseignement de notre histoire et de ses origines.
Ayant moi même fréquenté l’une des meilleures écoles de broderies de « Joho » et « Dragila »  il y a une vingtaine d’année environ à la ville d’Ikoni, je peux vous assurez qu’aucun enseignement sur le fondement et l’importance de ces célèbres habits n’était pratiqué. Nous ne faisions qu’exécuter les gestes.
Notre histoire est mal enseignée ou pas du tout enseigné!

Pour la préservation de notre patrimoine, il serait intéressant que dans ces écoles  (Joho,Dragila, cofia etc…) il y ait un enseignement théorique sur l’histoire de ses tenues traditionnelles. Pourquoi ne pas faire appel à nos historiens et faire une proposition sur l’enseignement des ses tenues traditionnelles à toutes ses écoles et surtout les faire prendre conscience de leur importance?

J’ai appris à broder le Joho et le Dragila mais personne ne m’a jamais enseigné, ni à l’école, ni ailleurs l’histoire des ses tenues ni pourquoi il est aussi important qu’un homme le porte le jour du mariage traditionnel.

Wassilati

Dragila Nike ? Pourquoi pas !

Un certain-savoir faire se perd mais ce n’est pas un phénomène propre aux Comores. En France aussi, où pourtant l’apprentissage et l’artisanat sont très valorisés et développés, des savoirs se perdent faute de génération prête à passer/prendre le relais. C’est aussi ça, la vraie mondialisation. Même à Itsandra, la marque Nike est reconnue (il ne l’aurait pas brodé sur un vêtement aussi important sinon). Est-ce à dire que les méthodes marketing des corporations américaines sont irrésistiblement efficaces ou que les comoriens veulent entrer dans le moule occidental avec armes, draguila et bagages? J’aime beaucoup ! Ce Monsieur voulait se démarquer des autres dinosaures en habits traditionnels: pari réussi !

Labéliser la broderie artisanale ?

L’idée de labelliser la broderie artisanale comorienne serait une excellente chose car le travail sur ces habits traditionnels est de toute beauté. J’espère que ces « Dragila Nike » ne vont pas envahir nos villages.

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