En discussion sur le forum, Si j’étais ministre de la santé

Lors de mon dernier passage à El-Maarouf, mise à part le manque d’hygiène flagrant et la décrépitude des locaux qui nous donne plus l’impression d’être dans une porcherie, ce qui m’a surtout frappé, c’est l’indifférence des gens. Les employés comme les malades semblaient s’en foutre éperdument de la dégradation avancée de cet hôpital. En discutant avec certains d’entre eux, tous avaient les mêmes réactions « tsasi bo Ben pvanu ndapvo ra hundra » parce qu’ils savaient qu’à l’époque où je travaillait dans cette institution, cet endroit qu’on appelle encore hôpital, avait quelque chose qui s’apparentait à un lieu où l’on soignait des humains. 
Personnellement, je les comprends, parce qu’ avec le temps, à force de voir la saleté s’accumuler tous les jours, sans qu’aucune solution définitive y soit apportée pour remédier au problème, les murs qui leur tombent quasiment sur leur tête par manque d’entretien et l’eau qui les inonde en cas de pluie, ils ont fini par ne plus espérer. Ils se sont habitués au manque de tout parce qu’ils savent que même s’ils crient ou pleurent, personne ne les entendra. Et c’est comme ça depuis trois décennies. Qu’on glisse. Qu’on meurt dans l’indifférence. Qu’on soigne dans la crasse. Il est vrai que dans la vie on s’habitue peu à peu à tout, à la beauté comme à la laideur. Mais on ne s’habitue pas à la bêtise. Et portant…

Y-a-t-il donc une solution pour sauver El-Maarouf? Que feriez-vous si vous étiez assis dans le fauteuil du ministre de la santé?

Moi personnellement, je ferais un discours à la nation pour expliquer aux gens  que l’État n’a pas les moyens ou disons l’État ne veut plus investir un sou dans cet hôpital et que s’il y a des gens qui veulent relever le défi de prendre en charge son fonctionnement, l’État est prêt à céder son patrimoine à d’autres propriétaires pour l’intérêt de tous.

C’est selon moi, la seule véritable solution, privatiser El-Maarouf, peut importe le cadre juridique qui régirait son cadre fonctionnement: partenariat public-privé (PPP) comme c’est notamment le cas dans la plus part des hôpitaux ici au Québec où le droit d’ingérence du gouvernement est très limité voir symbolique, coopératif des médecins et pressionnels de la santé etc. bref, il faut juste faire une chose, sortir l’État d’El-Maarouf.

En s’imaginant encore une fois que nos dirigeants vont faire quelque chose pour améliorer le sort de cet hôpital, alors qu’ils ont montré leurs limites et leurs incapacités à faire tourner la machine, c’est continuer d’accepter l’inacceptable donc, opter pour une suicide collective.

Ben (Québec)

Bonsoir ben, continue à sensibiliser les décideurs politiques sur le partenariat public privé à El maarouf en donnant des exemples comme l’hygiène hospitaliere, l’imagerie’ , le laboratoire, la pharmacie hospitalière, etc ça commence déjà à Mada  et Mayotte

Dr Madi Ibrahim

Le privé  est une option inévitable si l’on veut résoudre l’épineux problème de dégradation des soins en milieu hospitalier. Je comprends que cette voie fasse peur parce que les gens croient que cela signifie que l’on cherche à se substituer à l’État en refilant le financement aux usagers. Le privé n’est pas là pour remplacer l’État, son rôle c’est d’apporter une valeur ajoutée à l’accès aux services de santé et à la qualité des soins offerts à la population. C’est une démarche adoptée et acceptée même par les pays riches  parce que l’État ne peut pas tout prendre en charge. En sous traitant certains de ses services, il démontre qu’il a le souci  de la qualité et tient à réduire les coûts de soins de santé qui ne cesse d’augmenter de  manière exponentielle. Les gens doivent savoir que la sous-traitance n’est pas un désengagement de l’État au contraire, elle comporte plusieurs avantages entre autre : elle crée des emplois, elle réduit les coûts des services, elle en améliore la qualité, elle prévient les abus, elle permet à l’État d’avoir un meilleur contrôle de son réseau de santé,  elle fixe les exigences élevées et les modifie en fonction des besoins des usagers, elle constitue la passerelle entre les usagers et les professionnels, elle prévient les passe-droits et la corruption, enfin elle permet aux hôpitaux de se délester des tâches cléricales et d’hôtelleries pour mieux se concentrer sur les soins médicaux etc. Par exemple ici au Québec,  les services tels que : la buanderie, la restauration, l’hygiène hospitalier (nettoyage, stérilisation, élimination des déchets biomédicaux, désinfection), le transport médical (ambulance, transport des personnes à mobilité réduite), la sécurité,  l’entretien des bâtiments (électricité, maçonnerie, plomberie), le service informatique, la comptabilité, le service juridique, sont tous offerts par des firmes privées qui ont leurs bureaux à l’extérieur des hôpitaux et qui facturent à l’État leurs prestations. Puisqu’ils sont sous contrat, l’État garde un œil sur toutes leurs transactions et indiscutablement, il a la latitude d’y mettre fin lorsqu’il constate que la marchandise n’est pas livrée conformément aux ententes puisqu’il représente tout de même l’intérêt du public. Fait intéressant, en cas d’échec, il  partage la responsabilité avec ses fournisseurs au lieu d’encaisser tout seul la hargne de la population d’où sa sévérité dans la passion du marché à des entreprises sérieuses qui ont déjà fait leurs preuves. Certains hôpitaux vont même jusqu’à se décharger du service des ressources humaines en laissant à des agences de recrutement de s’en occuper pour s’assurer qu’on leur envoie les meilleurs candidats et qu’en cas de pépins, ils n’ont pas en s’en occuper toujours dans le souci de se concentrer uniquement sur les soins médicaux.

Bref, tout est possible, il suffit de s’assoir et de penser un modèle qui serait approprié à nos capacités de payement, à notre culture et en y intégrant toutes les autres dimensions sociales, géographiques, politiques  et la force de la diaspora. Ici, les gestionnaires ne jurent que sur le modèle suédois et américain épuré et tentent de concocter un modèle québécois qui, malgré sa qualité indéniable présente tout de même des lacunes par exemple, au niveau de l’accessibilité et au niveau de la rémunération des médecins qui sont payés à l’acte. Donc, il n’existe pas un modèle parfait, il faut  repenser le notre. À noter qu’au Québec, les médecins sont des travailleurs autonomes donc des contractuels que  les hôpitaux font appels selon leurs besoins et selon les moyens dont ils disposent. Intéressant non! D’autant plus, vu l’état actuel de nos finances donc de l’incapacité de l’État de payer les agents de la santé et  compte tenu de la prolifération des cliniques privées, il faut repenser la façon de les recruter et de les rémunérer : payement à l’acte, payement journalier, payement par charge de services etc. Personnellement, je cois qu’il faut abandonner définitivement le salaire mensuel des surtout médecins pour leur donner plus du temps à s’occuper de leur clinique et de mieux les utiliser dans le réseau public. À l’État d’exiger que ces cliniques répondent à des normes techniquement et éthiquement acceptables et qu’elles ne deviennent pas seulement des machines à frics comme se plaignent souvent les malades.

Mais, oui, il y a un gros MAIS, l’argent doit être disponible dans les caisses de l’État. On peut refiler une partie des dépenses aux usagers; on  peut demander aux médecins de faire des compromis salariaux; on peut réajuster les salaires des professionnels; on peut sous-traiter des services non médicaux; mais à la fin, il faut que l’État délie sa bourse. Un entrepreneur qui a livré le service exigé par l’hôpital a, à la fin du mois, des employés à payer, des factures des fournisseurs à honorer. Si l’État ne lui verse pas un sous, pas besoin d’être diplômé des Hautes  Études  pour comprendre qu’on  a là un problème insolvable.

En résumé, aussi longtemps que nous n’aurions pas réussi à régler les problèmes croniques de nos finances publiques, le partenariat public privé, comme alternative pour sortir nos hôpitaux de l’embourbement, est une utopie.

Ben (Québec)

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