Gènes de putschistes et gènes de séparatistes par Damir Ben Ali

Le Directeur de Cabinet du Chef de l’État a accusé, à la télévision nationale, le président Said Mohamed Cheikh d’avoir transféré la capitale de Dzaoudzi à Moroni. Il se réfère à la littérature coloniale comme beaucoup d’autres qui ignorent l’histoire même la plus récente. Il a aussi traité les Wangazidja de putschistes. Je ne veux pas laisser croire que ces propos sont ceux d’un représentant d’une île.  Ils expriment la pensée d’un groupe de personnes issue des générations politiques formées par notre école dans toutes nos îles.
Quand l’école coloniale apprenait à ses élèves que leurs ancêtres étaient des Gaulois, elle ne trompait que ses propres enseignants. Les élèves qui avaient fait l’école coranique et qui arrivaient chez les Wazungu âgés de plus de dix ans ne pouvaient pas être dupes. Ils avaient soif de connaître ce que les Arabes et les Bantu, leurs vrais ancêtres ont fait.
L’école de l’État comorien apprend à ses élèves que leurs ancêtres sont des Arabes et des Bantu, mais durant plus de 13 ans et maintenant beaucoup plus dans notre université, elle ne leur enseigne que ce que les Gaulois ont fait, oblitérant ce que les autres peuples ont apporté à l’humanité.
Notre cartésien ministre de la Défense semble convaincu que chaque île possède dans ses élites, une catégorie propre de gènes. Pour l’une d’elles, ce sont des gènes de putschistes qui imposeraient à l’État un gouvernement illégitime et pour les autres îles, des gènes de séparatistes qui hisseraient à tout moment sur une partie du territoire national un drapeau étranger et imposeraient un gouvernement illégitime.
Ci-joint, un texte qui  esquisse  l’histoire des institutions politiques mises en place sous le régime colonial et le transfert de la Capitale de Dzaoudzi à Moroni.

HISTOIRE DES INSTITUTIONS POLITIQUES
COLONIALES AUX COMORES

La génération qui entra en politique à la fin de la Deuxième Guerre mondiale avait reçu de ses parents, acteurs et témoins oculaires de l’histoire de la pénétration coloniale, un patrimoine commun des récits sur les villes bombardées par la marine française, les résistants tués par les corps expéditionnaires, les chefs traditionnels et religieux déportés par les Résidents, les terres spoliées par les planteurs, les chaises à porteurs (fitako) et les travaux forcés, etc. Ces connaissances sur une période charnière de l’histoire du pays et une expérience sociale acquise à l’école coranique, à la mosquée, sur les places publiques et dans les travaux communautaires au champ et au village, avaient forgé chez cette première élite francophone, enracinée dans sa culture, un profond sentiment de solidarité et de patriotisme.

Issus d’une circonscription administrative périphérique de Madagascar, depuis la loi d’annexion de 1912 donc assimilés à des Malgaches, les jeunes Comoriens avaient souffert très tôt de la perte de leur pays de son individualité politique. Ils ont très vite pris conscience de la nécessité de s’unir et de lutter de toute leur énergie pour arracher au pouvoir colonial quelques prérogatives administratives et politiques en vue de créer un cadre juridique dans lequel la nation devait retrouver son identité millénaire et préserver ses valeurs sociales et culturelles.

Le problème du siège de l’administration coloniale ne concernait et ne pouvait pas entrer dans les préoccupations de l’élite indigène. Le choix de son implantation obéissait à des critères de rentabilité financière et de sécurité. Les résidences et le siège du pouvoir devaient être éloignés des lieux symboliques de l’existence sociale et politique des indigènes.

Urbain Faurec, dans un article publié en 1941, dans les CAHIERS DE MADAGASCAR, expliquait le choix de Dzaoudzi comme chef lieu administratif de Mayotte par la méfiance des Blancs à l’égard des indigènes. « Par peur sans doute … notre administration dédaignant de s’installer sur la Grande Terre, pays relativement boisé et sain, où coulent de nombreux petits cours d’eau, s’établit prudemment sur le petit îlot de Dzaoudzi qui avait servi d’asile à plusieurs sultans craintifs. Sur ce rocher sans eau et presque sans terre, on installa, très à l’étroit, les bureaux et les services. La vie devait être parfaitement inconfortable, si l’on en croit ce qu’écrivait en 1851, le commandant de l’île au ministre : Dzaoudzi …est un rocher aride de trois à quatre hectares sur lequel on a construit à coups des millions, quelques maisons venues de France avec une caserne et un hôpital ».

Cliquez sur le lien pour lire l’intégralité de l’article : Histoire des institutions politiques coloniales aux Comores-le transfert de la Capitale par Damir Ben Ali

 

Dzaoudzi, chef lieu de Mayotte et Dépendances (Décret du 9 septembre  1899)[1]

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