Interview de Kamardine Soule par Rifhat Mohamed El-Maarouf

DSCN79631-Comment  es-tu devenu journaliste ?

Je suis devenu  journaliste fin 2008. J’ai réussi au concours de recrutement organisé par Al- Watwan et c’est ainsi que j’ai intégré la rédaction. Le journalisme n’est pas ma première  formation. Initialement, j’ai fait une formation technique dans les télécoms, et ai travaillé en tant que stagiaire chez l’opérateur public Comores Télécoms..  J’ai toujours été un lecteur  de la presse écrite nationale et internationale lorsque je faisais mes études à  Madagascar. Là-bas, on a créé un organe de presse pour les étudiants de la région  de Mitsamiouli. C’est là que l’amour de l’écriture a commencé. Après le concours, on a été formé sur le tas par les vétérans du journal, A.A Amir, Hassane Madjouani et les autres. Après nous avons  suivi des formations organisées par Al-Watwan et financées par l’UNESCO en faveur de tous les journalistes de la presse écrite et audiovisuelle. Elles nous ont  permis d’approfondir les techniques de l’écriture  journalistique. Ensuite, j’ai eu la chance  de bénéficier une formation en France en 2013 plus  d’autres formations.

2-Quels sont les moments les plus importants dans ta carrière ?

Ces moments ne sont pas beaucoup, mais je dois retenir  quelques-uns. Jeune journaliste, c’était en mars  2009, on m’a donné la lourde responsabilité d’aller couvrir la conférence internationale organisée à Doha (Qatar) sur le développement  et l’investissement aux Comores. C’était une grande manifestation, évidemment j’étais très jeune  dans ce métier, et jeune en âge aussi. J’ai livré un travail que tout le monde à salué « ç’était mon baptême du feu », une expérience enrichissante. Ça m’a beaucoup marqué. C’est  à partir de là que j’ai commencé à m’intéresser beaucoup plus au volet économique et financier. Avant je couvrais tous les sujets possibles pour pouvoir m’adapter surtout sur le secteur de la santé.

 

3-Quels sont les défis pour un journaliste économique ?

Je parlerai plutôt du défi du journaliste en général. Aux Comores le journaliste travaille dans des conditions précaires. Nous ne sommes  qu’un petit nombre à  avoir la chance d’être salariés. Beaucoup de nos collègues dans l’audiovisuel comme dans la presse écrite font des piges ou du bénévolat et ce sont des conditions très difficiles pour un journaliste. Il y a aussi l’aspect du défi de l’adaptation de notre métier avec l’arrivée des nouvelles technologies de l’information. Le journaliste est tombé de son piédestal : il n’est pas le seul à posséder l’information. Maintenant tout ce qu’on peut publier est déjà publié, ce qu’on peut publier demain dans  la presse écrite, dans notre quotidien, est déjà en ligne dans les réseaux sociaux et les plates-formes d’échanges. Notre défi est de trouver comment travailler de façon originale pour que nous puissions garder nos lecteurs. Tout journaliste qui se respecte et tout organe de presse qui se respecte doivent penser à  leur façon de travailler. Le modèle économique même de la presse est remis en question, donc c’est un défi qu’il faut relever pour le journaliste et pour les organes qui nous emploient parce que les lecteurs ont changé leur façon de nous lire. Beaucoup ne nous lisent pas comme ils nous lisaient avant. Maintenant la plupart de nos articles sont lus à partir de nos Smartphones, donc il faut voir comment présenter l’information, la rendre interactive pour que nos lecteurs puissent la lire. C’est un défi qui n’est pas moindre parce que le lecteur c’est l’élément  central de ce que nous faisons. Si nous ne faisons pas  cette transition on risque d’aller vers l’échec.

4-Tu es connu pour ton usage des medias sociaux, que peux-tu nous dire à ce sujet ?

La présence des journalistes dans les médias sociaux  Facebook, Twitter,  et d’autres ou dans les plates-formes comme Scoop.it ainsi que les réseaux sociaux professionnels comme Google plus, cela n’est pas un luxe maintenant. C’est plutôt une nécessité pour tout journaliste qui se respecte d’être présent  dans les réseaux sociaux. Ce qui est important avec  l’internet en particulier, c’est qu’un article écrit par un journaliste n’est pas figé. Il y a une extension  à partir des commentaires des lecteurs et des partages. Dans les réseaux sociaux, les articles atteignent  un lectorat beaucoup plus large qu’il y a quelques années. L’internet et les réseaux sociaux mettent fin aux  cloisonnements dans l’échange d’expérience, la diffusion de l’information et permettent au journaliste d’être dans une relation continue et permanente avec le lecteur.

5-Quel est ton diagnostique de la presse comorienne ?

Comme toute la presse, la presse écrite vit des moments difficiles avec la diminution des ventes, la baisse  des annonceurs. C’est un défi global. En ce qui concerne la presse Comorienne, le métier n’est pas bien organisé. Cela fait plusieurs années que des hommes et des femmes qui sont engagés dans ce métier se battent pour avoir une carte de presse, avoir une formation pour poursuivre l’évolution de la révolution numérique sous les yeux. Cela fait plusieurs années qu’il y a eu les états généraux de la presse mais rien n’a changé en profondeur concernant les conditions et moyens de travail. Nous espérons une évolution dans un sens positif pour l’avenir.

6-Quel est le rôle de la presse dans la lutte contre la corruption et pour la transparence ?

Nous sommes dans un pays où il n y a vraiment pas une séparation des pouvoirs. Les organes de régulations sont  créés mais on ne leur donne pas les moyens de fonctionner : ce sont des organes mort-nés. La Cour des comptes, l’ANRTIC, l’Anticorruption et d’autres organes, tous, n’ont pas l’autonomie ni les moyens de pouvoir travailler. C’est là que la presse mais aussi des organisations citoyennes en l’occurrence la FCC, ont un rôle à jouer. Nous avons la responsabilité, d’informer,  d’alerter la population pour interpeler les pouvoirs publics sur les dossiers d’intérêt général. Je pense que la presse joue le rôle de réformateur. Je suis convaincu que la révélation des faits réels, peut générer  une prise de conscience, sur le besoin  de  réformes et contribuer ainsi à réformer le pays. Le journalisme d’enquête a un rôle important dans la société démocratique.

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