La pratique de l’orthographe du comorien par Chamanga

Les membres du forum de la FCC ont la chance de bénéficier de courts cours de comorien par le linguiste Mohamed AHMED CHAMANGA. Au mois d’avril, la FCC a mené une campagne de promotion du site http://www.palashiyo.org/ de monsieur Chamanga. Nous vous invitons à le visiter.

Voici un exemple très instructif à travers deux expressions : « Mkatra siniya » et « gari chukuriyawo »

Il faudra faire la différence entre la langue parlée et la langue écrite. Dans cette dernière, il faut penser aux apprenants. Ces derniers peuvent être des étrangers qui s’intéressent à notre langue pour différentes raisons ou les enfants des Comoriens de l’Étranger qui veulent (ré) apprendre la langue de leurs parents. Il est donc nécessaire de leur faciliter la tâche, en leur permettant, avec les outils dont ils disposent (les dictionnaires notamment) de se retrouver.

L’expression « Mkatra siniya ».

Supposons qu’ils ne connaissent pas ce mot « Mkatra ». Selon le type de dictionnaire (mono ou polydialectal) qu’ils vont consulter, ils vont trouver ou non ce mot. Dans un cas, ils trouvent le mot « mkatre » avec comme définition dans un dictionnaire shiNgazidja : n. (pluriel : mikatre) Gâteau, pain, etc, mais ils ne trouveront pas le mot « mkatra ». Dans un autre cas, dans un dictionnaire polydialectal par exemple, ils vont trouver le mot avec la définition suivante : mkatra (en shiMaore)  Nom d’agent : celui qui coupe (du verbe ukatra « couper »), le coupeur de…, etc.

Ceci pour dire qu’il nous faut faire un peu plus attention quand nous écrivons. Nous savons tous que l’expression « Mkatra siniya »  fait partie du répertoire lexical du shiNgazidja et que c’est une forme contractée de « mkatre wa siniya ». Je propose donc que dans l’écriture, on écrive les mots dans leur forme pleine et non contractée, sauf dans des cas bien précis que je ne développerai pas ici. D’où mkatre au lieu de mkatra

L’expression « Ngari chukuriyawo ».

Dans cette expression, j’ai relevé quatre « fautes » :

  1. Il fallait écrire l’expression en un seul mot « Ngarichukuriyawo » au lieu de deux mots. En effet, il ne faut jamais couper « l’indice de la personne », ici « ri » (nous) de la base verbale. C’est  comme dans « Ridja », risomo, etc.
  2. Le son « ch » s’écrit en comorien « sh » avec un « s » et non avec un « c », d’où « ngarishukuriyawo »,
  3. Enfin, les sons « y » et « w » sont ici purement phonétiques. Ils n’ont aucune valeur grammaticale et n’ont donc pas lieu d’être notés dans l’écriture. Il fallait écrire : ngarishukuriao.

Comment vous expliquer cela ? Considérons d’abord la voyelle « o » finale. Pour simplifier, elle exprime dans les formes verbales du shiNgazidja la notion du temps « présent». C’est comme dans les expressions Ngamrengo  « je prends » et ngarirengao  « nous prenons ».

Quant à la voyelle « a » de « shukuria« , c’est le suffixe de l’infinitif comme dans urenga « prendre ».

Enfin, pour mieux vous faire comprendre pourquoi il ne faut pas mettre le « y«  dans « shukuria« , prenons le cas d’un autre verbe (le cas du verbe ushukuria est un peu plus complexe), comme le verbe primaire upvima « mesurer, peser ». Ce verbe peut avoir des formes dérivées. En comorien, les éléments de dérivation s’insèrent entre le radical du verbe (ici « pvim ») et le suffixe verbal (ici « a »). Exemples :

  • le passif « w » : Le sujet subit l’action : upvimwa « être pesé, mesuré »
  • l’applicatif « i » : L’action se fait pour l’intérêt d’une autre personne ou contre quelqu’un : upvimia « mesurer pour… » Sur le plan phonétique, c’est-à-dire dans la prononciation, la succession des voyelles « i » + « a » donne obligatoirement le son « iya ». Il n’est donc pas nécessaire de noter la consonne « y ».
  • le potentiel « ih » : Il suppose que l’action soit possible : upvimiha « être mesurable, pesable »
  • le causatif « is » : On fait faire l’action par un tiers : upvimisa « faire mesurer, faire peser ».
  • etc.
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