L’alimentation du jeune enfant aux Comores, le problème de la malnutrition : témoignage d’une mère

Historique alimentaire

La malnutrition désigne un état  pathologique causé par la déficience ou l’excès d’un ou plusieurs nutriments. L’apport alimentaire anormal peut provenir d’une nourriture  inadaptée aux besoins (apport calorique insuffisant ou, au contraire, excessif) ou de mauvaise qualité (carences nutritionnelles ou excès de graisses…).

En 2013, plus de la moitié de ce que mange le Comorien vient de l’extérieur. Cette augmentation de la part des produits importés dans notre alimentation a beaucoup changé nos habitudes alimentaires. Nous ne mangeons plus et ne cuisinons plus de la même façon que nos arrières grand-mères.

L’alimentation du jeune enfant n’a pas échappé à ces changements. On observe de nouvelles pratiques alimentaires des enfants, l’usages de nouveaux produits que les mamans ont adopté sans réelle connaissance des bienfaits ou des dangers qu’elles font courir à leurs enfants. Enfin, l’alimentation du jeune enfant concerne en premier lieu les femmes enceintes et allaitantes. Dans notre pays, les femmes enceintes ne mangent pas équilibré et peu d’entre elles ont les moyens de recourir aux compléments alimentaires comme le fer et les vitamines. Une fois accouchées, beaucoup de jeunes mamans n’allaitent pas correctement leur bébé et ont recours à des substituts (lait en boite, les repas précoces, …).

Ainsi, aujourd’hui on pense bien manger ou mieux manger qu’autre fois et pourtant notre pays connait des problèmes de malnutrition chez les enfants, de déséquilibres alimentaires chez les femmes enceintes. Et le pire c’est que les gens n’ont pas pleine conscience de cet état de fait. Les mamans ne sont pas conscientes que leurs enfants souffrent de malnutrition et lorsque cet état est détecté, c’est souvent à un stade avancé.

Conséquences

Les causes et les conséquences de la malnutrition sont multiples. Dans les pays en développement, le plus grand problème nutritionnel est la « sous-alimentation », due à un apport calorique insuffisant. Dans ce cas, elle peut se caractériser par un retard de croissance, une maigreur excessive, ou la déshydratation ; on peut aussi la reconnaître dans les maladies comme : le Marasme, l’hypoglycémie, l’anémie et le Kwashiorkor qui sont des maladies pouvant entraîner la mort chez l’enfant ou le nourrisson. Selon un document de l’UNICEF, la malnutrition joue un rôle dans la moitié au moins des décès d’enfants dans le monde, ce qui est plus que n’importe quelle maladie infectieuse, et pourtant elle n’est pas une infection. Et elle touche tout aussi bien les enfants que les nouveaux nés.

La situation dans les pays voisins (Ile Maurice et Madagascar) et aux Comores:

A Maurice, selon un porte parole d’une organisation appelée MAPBIN (action mauricienne pour la promotion de l’allaitement au sein) Mosadeq Sahebdin, le nombre de femmes qui allaitent est en baisse et selon une étude effectuée par l’institut mauricien de santé en 1999, la cause de cette baisse est multiforme. On peut citer entre autres le manque de soutien pour les mères, un environnement social fragile et une commercialisation agressive des substituts du lait maternel.

Quant à la Grande Île (Madagascar), l’alimentation du jeune enfant n’est pas adaptée. Il n’est pas rare de constater des signes de malnutrition chez le nourrisson dès les premiers mois de sa vie. A Madagascar, le taux de l’allaitement maternelle exclusive jusqu’au sixième mois de l’enfant est très faible (50% selon l’EDS 2008-2009).

Ici aux Comores, la malnutrition du jeune enfant est une réalité malgré le manque d’information à ce sujet, des études existent sans doute mais la population n’est pas sensibilisée. Néanmoins, de part les observations dans nos différents quartiers, on peut dire que la majorité des mères n’allaitent pas suffisamment leurs enfants. On peut aussi craindre la présence aux Comores de retards de croissance du fœtus liés à une alimentation non équilibrée chez certaines femmes enceintes et la non prise de compléments alimentaires comme le fer et l’acide folique. Les causes de tous ces problèmes sont multiples :

  • Situation économique difficile 

La situation économique de notre pays est très précaire pour beaucoup de nos co-citoyens. Cette situation pousse par exemple les jeunes mamans à abandonner leurs nourrissons d’un mois ou deux, pour aller vendre des cigarettes ou des arachides grillés sur la route et ainsi gagner de quoi manger le soir. Du coup la mère n’arrive pas à respecter les 6 mois d’allaitement de son bébé. En plus de ça, la grand-mère ou la personne à qui elle confie son bébé, ne pouvant pas laisser l’enfant mourir de faim, le nourrit même avec des aliments inappropriés pour son âge comme de la bouillie de riz, du jus, ou n’importe quel lait. Ainsi, un bébé qui doit téter jusqu’à six mois et qui n’a pas un tube digestif développé se voit administré une alimentation d’adulte.

  • Non respect des indications des médecins et/ou sages femmes 

La plupart des femmes enceintes d’ici, ne respectent pas les prescriptions des médecins à cause des coûts élevés des médicaments et compléments, comme par exemple le fer  destiné à prévenir  l’anémie du bébé (prescription de 90 jours, avec au final un coût de 33.750 FC). Beaucoup de mamans n’ont pas les moyens financiers de suivre cette prescription, d’où l’abandon du traitement au bout de quelques semaines.

  • Mauvaise alimentation des jeunes enfants et des bébés 

Beaucoup de produits laitiers (en poudre, liquide ou sous forme de yaourt), sont mis sur le marché. En plus du fait que ces produits n’égalent pas le lait maternel en qualité nutritive, on n’a pas de certitude quant à leur traçabilité (composition, provenances) ni sur le fait qu’ils respectent les normes de santé établies.

La  plupart des parents sont inconscients de ces dangers et  achètent ces produits pour les donner à leurs bébés et jeunes enfants. Par exemple, on peut citer le cas des  produits laitier (yaourt à boire ou en pot) qui sont exposés toute la journée à un  soleil ardent alors que ce sont des produits qui doivent être conservés au frais. Ainsi, les parents qui ne connaissent pas les dangers encourus, achètent ces produits et les donnent à leurs enfants en croyant bien faire.

Comment y remédier?

On sait que jusqu’à six mois, un enfant doit être nourri exclusivement au  lait maternel. Ce lait est un aliment complet qui contribue à sa croissance et lui fournit des anticorps pour faire face à certaines maladies. Si pour diverses raisons, l’allaitement maternel exclusif s’avère impossible, on doit utiliser les substituts au lait maternel. Mais les produits de bonne qualité sont très chers, hors de portée de beaucoup des mamans. Notre pays n’ayant pas  encore de loi sur la commercialisation des substituts au lait maternel, on trouve tout et n’importe quoi sur le marché. En l’absence d’une réglementation et de moyens de contrôle, l’usage de ces substituts au lait maternel devrait être déconseillé aux mamans.

Dès le septième mois, l’alimentation du nourrisson doit être diversifiée, l’allaitement au sein doit continuer ; mais il faut que l’enfant commence à consommer des fruits, des légumes, des céréales, de la viande et du poisson. En effet,  c’est à cet âge là que les bonnes habitudes alimentaires doivent être inculquées à l’enfant, éduquer son palais  à tous les goûts et saveurs.

Conclusion :

On peut dire que notre pays est confronté au problème de la malnutrition du jeune enfant et avec le faible taux d’allaitement maternel, ceci peut engendrer des problèmes de santé très sérieux chez l’enfant et plus tard chez l’adulte. En plus de cela la population n’a pas conscience de cet état, ainsi la politique de santé publique devrait considérer l’éducation et l’information sur ce sujet comme prioritaires.

Malaika MASSOUDI

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