Le choix des sites comoriens à inscrire sur la liste du P.M. de l’UNESCO

12235002_10153716996404935_5030711457282106871_nChers Amis du Musée et du Patrimoine Comorien.

Je me dois de réagir pour apporter quelques explications et précisions, sur des questions et réactions de certains parmi vous, que j’ai pu relever sur Facebook, après la publication de l’article sur l’état de nos Dossiers d’Inscription de nos sites sur la Liste du PM. Les réactions ont surtout été émises à propos du site en série, les « Sultanats Historiques des Comores », regroupant cinq de nos villes, mais rien sur l’attitude quelque peu énigmatique de nos autorités face aux partenaires pourvus de bonne volonté.

Sur ce, certains d’entre vous se demandent pourquoi d’autres villes, telles Ntsaweni, Koimbani à Ngazidja, Basra actuelle Ouani à Anjouan, et d’autres encore à Mwali, etc., ne figurent pas sur cette liste, en voie d’inscription sur la Liste du PM ? Questions légitimes et honnêtes, car « Tout citoyen du monde doit retrouver sa culture sur la Liste du PM ». Mais n’oublions pas que là il s’agit d’une Convention mondiale, régie par des lois, des principes, des critères auxquels nous devons nous conformer, une fois que nous l’avons acceptée, adoptée et ratifiée.

Certes, il y a eu dans nos iles, à un moment donné de leur histoire, plusieurs villes et régions qui ont joué des rôles importants sur des grands évènements sociohistoriques (capitales, pouvoir, religion, commerce, guerres, déclin, etc.), et détiennent aujourd’hui des monuments historiques, des sites archéologiques et des paysages culturels et naturels forts intéressants. Et ces sites, pour la plupart, ont perdu leur authenticité et leur intégrité, mais font partis du Patrimoine National, de part leur intérêt national. Ils ont déjà fait l’objet de classement et d’inscription sur le Registre d’Inventaire National tenu par le CNDRS, institution chargée du Patrimoine. D’autres font partis du Patrimoine Régional ou Local, de part leur intérêt régional ou local, et leur inventaire ont déjà été fait au niveau des antennes du CNDRS d’Anjouan et de Mohéli.

Quant à la liste des 4 sites en série déjà inscrite sur la Liste Indicative du PM, jugés susceptibles d’être inscrits sur la Liste définitive du PM, il s’agit ici des sites répondant ou qui peuvent répondre à un minimum de critères définis dans les « Orientations devant guider la mise en œuvre de la Convention du Patrimoine Mondial », recueil de définitions et de critères accompagnant ladite Convention de 72. Pour la liste en série des « Sultanats historiques des Comores », les 5 villes retenues pour représenter cette période sultanale, détiennent toujours quelques merveilles, certes en état critique, de cette époque révolue, mais peuvent encore justifier certains critères énoncés dans les « Orientations » et prouver ainsi une « Valeur Universelle Exceptionnelle ». Mais pourquoi mettre ces 5 villes ensemble ?

Le Centre du PM ne fait pas de double-jeu. C’est qu’une fois qu’un tel site d’un tel pays est inscrit sur la Liste, on ne peut plus inscrire le même genre de site présentant les mêmes valeurs, venant d’un autre pays, à moins que l’on puisse prouver une plus grande Valeur d’universalité encore plus exceptionnelle que l’autre.

La ville de Zanzibar, dénommée « Stone Town », étant inscrite sur la Liste depuis 2000, présente presque les mêmes valeurs que les nôtres. Etant dans la même aire de civilisation que nos iles (arabo-swahili-bantu), nous avons hérité la même architecture (organisation de l’espace, matériaux de construction, dalle en poutres et poutrelles, fenêtres à moucharabiehs, portes sculptées, etc.), la même gestion de l’espace urbain (petites ruelles parfois couvertes, maisons collées les unes aux autres), les mêmes trames cellulaires régissant les quartiers (extensions autour d’une place publique et ou d’une mosquée, de façon excentrique). Nos villes ne diffèrent en rien à Zanzibar, sauf pour la taille. Il fallait donc que nous adoptions la stratégie « en série », c’est-à-dire, présenter nos 5 villes ensemble comme un seul site, pour être « plus en grandeur, plus en unité, plus en variété, plus exceptionnel » que Zanzibar. Ainsi nous aurons peut-être une chance d’être admis sur la Liste.

Pour les questions évoquant des palais tels celui de Mbaé Trambwe à Kwambani, et celles évoquant des sites archéologiques tels Basra à Ouani et d’autres biens, dans nos régions, il faut tout simplement se rendre compte que nos sites et monuments, quels qu’ils soient et tels qu’ils sont, (naturels ou culturels) sont si petits, à l’échelle de nos iles. Aucun de nos châteaux, de nos palais, de nos sites archéologiques, de nos sites naturels, pris à part, un à un, n’égalerait par exemple le château de Versailles ou de Fontainebleau en France, la Tour de Pise ou Castel Del Monte en Italie, les sites archéologiques de la Grèce, de la Syrie, de l’Egypte, etc. Le Parc Marin de Mohéli n’égale pas l’Atoll d’Aldabra aux Seychelles, les barrières de corail à Mayotte n’égalent pas ceux de la Grande Barrière d’Australie non plus. Jamais, nous ne pourrons inscrire un seul élément de notre patrimoine, pris en dehors de son contenant (d’une ville, d’une région, d’un paysage culturel), dont on ne pourrait prouver pour lui tout seul, une importance universelle exceptionnelle. Une importance universelle tellement exceptionnelle, pouvant transcender les frontières nationales et présenter le même caractère inestimable pour les générations présentes et futures de l’humanité entière ! Soyons réalistes !

J’espère avoir pu donner quelques éléments de réponses aux inquiétudes de nos amis, qui ont réagis sur Facebook.

Merci à tous.

Par Naguib Abdallah, architecte et  conservateur du musée national au CNDRS

 

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