Le Grand Oral de la Société Comorienne des Hydrocarbures (SCH)

1258562856-SGEPPLe 5 mars 2013, la FCC était invitée au Grand Oral de la Société Comorienne des Hydrocarbures (SCH) à Beit-Salama. La séance a été présidée par le Président de l’Union des Comores en présence de son cabinet et de certains membres du gouvernement.

En introduction, le Président  a expliqué ce qu’est le Grand Oral. Interroger les Directeurs des  grandes sociétés d’état par les citoyens est selon lui une pratique démocratique qui contribue à la bonne gouvernance. Il est normal de rendre compte des décisions prises par ses dirigeants à qui on a confié des missions très stratégiques pour le pays.  La SCH serait en crise et le Président souhaite savoir pourquoi.

Le Directeur Général de la SCH, Houssein Cheikh Soilih a fait un état des lieux de la société,  les actifs dont la capacité de stockage (7.700 m3 à la Grande Comore , 8.000 m3 à Anjouan, 248 m3 à Moheli et 750 m3 à Hahaya, l’autonomie est de 50 jours pour la Grande Comore, 101 jours pour Anjouan et 15 jours pour Moheli) et les moyens de transport (7camions citerne à la Grande Comore, 4 à Anjouan, 2 à Mohéli et 2 à Hahaya), les ressources humaines (290 agents dont 42% de cadres, 14% d’agents de maitrise et 44% d’ouvriers) et un consultant malgache dont le recrutement était nécessaire pour l’obtention de l’agrément IATA (qui permet de vendre du kérosène à l’aéroport de Hahaya).

La capacité de stockage est insuffisante surtout à Moheli, mais il précise que des travaux sont en cours à Mohéli et se termineront en juin de cette année. Les camions citernes de la société sont très vieux, il y a beaucoup de panne et la société peine à assurer ses livraisons.

Il a présenté une évolution des achats et des ventes de 2009 à 2012. Les achats ont fortement augmenté, passant de 13 milliards de francs en 2009 à presque 28 milliards en 2012 ; les ventes ont aussi progressé, passant de 19 milliards de francs en 2009 à 29 milliards en 2012. Mais il y a eu une forte baisse de la marge commerciale qui est passée de 31,6% en 2009 à 4% en 2012, très en dessous de la moyenne du secteur pétrolier qui est de 35%. Il explique cette baisse  par la hausse du prix du baril de brut. Les conditions d’approvisionnement de la société avec le fournisseur NGS étaient au désavantage de la SCH, NGS ne respectait pas le contrat signé, il surfacturait les commandes par rapport au prix convenu au départ. La SCH s’est trouvée obligée de rompre le contrat avec NGS et de s’approvisionner chez d’autres fournisseurs (BAKHERESA, VITOL, voir même DAX, une société itinérante qui vend du carburant au large des Océans). Ce mode d’approvisionnement a un coût très élevé. La créance de la Ma-Mwe/EDA qui s’élève à près de 23 milliards depuis l’arrêt du versement de la taxe unique et une vente à perte du pétrole lampant (le produit vendu pour les réchauds, moteurs hors bord et fours) ont aussi contribué à baisser la marge commerciale de la Société.

Aujourd’hui le compte d’exploitation de la SCH présente une perte de 111 millions de francs en 2012 contre près de 2 milliards en 2011. Les dettes fournisseurs se montent à 6 milliards de francs en 2012 contre un peu plus de 6 milliards en 2011. Les dettes à court terme s’élèvent à 710 millions de francs (dont 300 millions d’avant 2011 et 410 millions pour 2012).

La SCH a versé dans le cadre de la TU un peu plus de 2 millions de francs (dont 30% en carburant administratif, 31% en espèces versées au fond d’entretien routier et le reste en frais de bouche pour l’AND) sur 4 millions de francs déclarés.

Les objectifs du grand patron des Hydrocarbures sont :

  1. Fiabiliser les approvisionnements d’ici la fin du  2ème trimestre en choisissant un fournisseur sérieux, professionnel. Les prospections sont en cours, notamment avec les Siciétés Bakheresa, Vitol et Total.
  2. Diversifier les activités de la société avec des nouveaux produits (lubrifiants, huile, gaz, bitume, …)
  3. Augmenter la capacité de stockage à Moheli
  4. Amélioration du service au dépôt de Hahaya pour le rendre attractif

En conclusion, il a assuré que la SCH sera excédentaire à la fin de l’exercice 2013.

Ainsi la Société Comorienne des Hydrocarbure est en crise et la raison serait due au choix d’un fournisseur fantaisiste qui n’a jamais respecté le contrat pour ce qui est du prix. La société s’est vue appliquer pendant plus d’un an des prix exorbitants. La SCH a mis du temps à réagir face à cette situation qui ne pouvait que mettre en difficulté ses finances. Et lorsqu’elle a réagit, c’est pour suspendre un contrat sans s’assurer un autre moyen d’approvisionnement stable. C’est impensable qu’une société comme la SCH puisse se contenter d’approvisionner le pays en carburant en faisant comme la ménagère qui fait son marché à Volovolo tous les jours. Le surcoût qui en a découlé était prévisible. Mais au delà du surcoût se pose la question de la qualité et de la sécurité des produits. En effet en achetant comme cela, au petit bonheur la chance, la SCH ne se donnait pas les moyens d’avoir des exigences de qualité et de sécurité. D’ailleurs dans son exposé, le Directeur Général a avoué un incident survenu lors d’une commande,  le kérosène livré était de mauvaise qualité et ne pouvait pas être vendu aux compagnies aériennes. Enfin ceci explique pourquoi le prix à la pompe n’a pas baissé comme c’était promis lors de l’augmentation des 50f. Il avait été promis par la société civile un retour à la normale au bout de 9 cargaisons. Rester plus de six mois sans fournisseur attitré est tout simplement suicidaire pour une société comme la SCH dont les activités sont hautement stratégiques pour l’économie du pays.

Les autres causes de la quasi faillite de la SCH sont les factures impayées, d’abord de la Mamwe-EDA  mais aussi d’autres gros clients comme les stations services.

La question qu’on peut se poser est : qui est responsable de cet état ? Le ministère de tutelle avoue ne pas être au courant des dernières évolutions de la situation pour raison d’absence du pays pendant une longue période. Quant au Directeur de cette société, il assure agir toujours en se référant à ses supérieurs, ajoutant qu’on lui a reproché de retarder les décisions en voulant l’avis de tous.

Enfin, ce que l’on peut retenir de ce Grand Oral de la SCH c’est que le gouvernement s’inquiète surtout de la baisse de la marge commerciale de l’entreprise. La SCH a été longtemps la poule aux œufs d’or du gouvernement. Un problème financier ? Et on demande à la SCH de banquer. Aujourd’hui, l’entreprise n’est plus en mesure de jouer ce rôle de banquier.

Mais pour nous consommateurs, seule importe la disponibilité permanente d’un carburant de qualité et à un bon prix.

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