Les Comores sont elles championnes de quelque chose ?

Ben Ahmed

Il y a de cela deux semaines j’ai suivi sur TV5, une émission où l’on parlait des pays champion du monde dans quelque chose; par exemple, la France champion du monde de tourisme; le Canada  champion du monde dans la production du sirop d’érable; l’Arabie-Saoudite champion du monde dans la production du pétrole etc. Alors, nous les Comores, nous sommes champions du monde dans quoi?

Wahib Djambae

J’avais lu une fois quelque part que les Comores étaient championnes du monde en production d’ylang lang. Je ne sais pas si on garde toujours cette position.

Wassilati MBAE

Jusqu’à preuve de contraire, les Comores sont toujours premiers producteurs de fleur d’ylang-ylang. Notre  combat à tous est de faire en sorte de garder cette place avec une valorisation de notre savoir faire. Faire en sorte que la population comorienne soit le premier à bénéficier de cette place.

Mohamed Sittou

Merci wassilati; Je partage ton point de vue. Ne soyons pas pessimistes. Organisons nous autrement et rectifions notre tir

Said Mchangama

Et si on relevait les  quelques domaines « positifs » où nous sommes effectivement ou possiblement « champion » – ylang-ylang, cœlacanthe, rapport diaspora/résidants (Cap-vert ?), kofia za hazi et djoho, investissement des  familles pauvres dans l’éducation des  enfants ( mon impression), disponibilité de la pierre volcanique pour la construction (supposition), ubu wa tsambu par habitant (envie de le croire – le Dr Bakri Assoumani nous a parlé une fois des extrêmes bienfaits du ntsambu), champion d’Afrique de l’est et australe -au moins – de la collection de bijoux en or 18 et 24 carats, champion des île de l’Océan indien de la surface bâtie inutilisée, champion des atchar de mangue et de  citron (bien meilleures qu’à Maurice), les poissons perroquets les plus  succulents du monde,  etc…. Qu’en  faisons  nous ?  Qu’est ce  qui a  été  écrit dessus ?  Quels projets  réalisés  ou  avortés ? Où se  trouve la  documentation ?

FAOUZIA ALI AMIR

En affaire on ne peut échapper au risque d’affronter la contre façon, rien n’est entrepris de manière sérieuse ,des initiatives individuelle par ci par là ,et le cofia n’est qu’un petit exemple !l’UCCIA n’a qu’a tenter le terrain ,percer dans ce domaine à travers les pays du monde les plus ouverts à nous , le ntsambu ou l’ylang je ne suis experte  ,je sais seulement qu’un personnage dans ce pays a vendu des mitsambu aux américains ,reste à savoir s’il  ne s’agissait que des amis……..

Et si on arrêtait un peu d’imiter les fourmis, ne pas tous aller vers la même direction! lorsque les uns s’amusent à comptabiliser les passeports falsifiés, les autres peuvent réfléchir à cela,  champion du cofia ya matso ; les arabes seraient prêts à acheter nos cofia, ils adorent. A Jeddah, des passants abordent souvent les comoriens à la recherche de ce fameux cofia ya matso, rien que ça, un atout majeur au tourisme ….

 Ben Said Abou

Oui mais malheureusement à Dubai, quelqu’un a trouvé une astuce pour imiter a merveille le fameux Kofia ya matso et il coute moins cher !

Wassila Bosvy

Pour éviter ces « copies » ne faudrait-il pas déposer des brevets, peut-être, pour protéger le travail de nos artisans ? On retrouve le même problème avec nos artistes dont les DVD peuvent être reproduits, et gravés sans penser au « droit d’auteur ».

J’espère qu’il existe déjà, l’équivalent de la « SACEM » (Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de musique). En même temps lorsque je l’ai évoquée dans un taxi à Moroni, le chauffeur m’a répondu en rigolant que « jamais  il n’y aurait ce mafitsi  » !

Said Mchangama

La qualité de l’imitation s’améliore au fil des ans c’est vrai.  Mais cela s’applique aussi à pratiquement tout ce qui se fait dans le monde, y compris (et surtout ?) dans la haute technologie. Vêtements, appareils photos,cosmétiques, chaussures, mobilier etc…

D’où la nécessité de définir des normes et des labels. Et organiser la communication et la vente dans  des marchés à priori réceptifs : Djibouti, Oman et les pays du Golfe, les classes moyennes  supérieures musulmanes d’Afrique de l’Est, et la diaspora en général. Reconnaître la qualité s’enseigne.

La FCC, comme toutes les organisations de consommateurs dans le monde sensibilise les autorités  sur le respect des règles et normes internationales, et la création de normes et labels nationaux (ou régionaux) pour des produits spécifiques. Les partenaires gaspillent énormément d’argent dans des projets fumeux destinés à justifier des budgets réservés à « réduire la pauvreté », « augmenter les revenus », « renforcer les capacités » etc.. un vrai secteur industriel qui échappe pourtant aux critiques dans un pays où la critique et le dénigrement sont l’énergie qui font tourner le quotidien. J’ai noté avec espoir, que la Meck Moroni a lors d’une récente célébration mis en vedette l’artisanat.

A mon avis l’urgence est de reconnaître le bon artisanat en codifiant les  normes, en créant des labels  – par exemple bonnet de Domoni, boubou de Ntsudjini, (une fois les  normes établies : régularité des coutures, qualité du  fil et du tissu, nombre des points de couture par X cm , pour  les  nkadu za hazi …) organe de certification/ agrément des maîtres-ses brodeuses-eurs par un organe où seront représentés  les artisans, les ministères du  commerce et ceux chargés de l’artisanat et des standards, et de la formation, les consommateurs, les  chambres de  commerces….

La BDC, les Mecks, l’Université (IUT), l’UCCIA et la FCC pourraient se rencontrer pour prendre l’initiative et s’assurer que la  question  ne devienne pas  un marché  pour  experts internationaux sans  suivi.

C’est un idée. On peut envisager d’autres  façons de faire.

Djambae WAHIB

Monsieur le Président, vous avez tout dit.  Votre première phrase m’a marqué.  » La qualité de l’imitation s’améliore au fil des ans, c’est vrai ». Cette phrase à elle-seule vaut un chapitre d’intelligence économique. L’économie est un domaine d’imitation. ça l’est et ça le restera. Ceux qui travaillent dans les services RD-IT (recherche développement et innovation technologique) en ont fait une arme redoutable malgré les lois régissant la concurrence et la propriété industrielle.

Le benchmark ou étalonnage concurrentiel est devenu un sport favori des entreprises.  Le fait que notre Kofia, jadis unique au monde,  fasse l’objet d’imitation est à la fois une bonne et mauvaise nouvelle.
Une bonne nouvelle  par ce que cela veut dire que ça marche et qu’on peut faire  des bonnes affaires avec, car on ne copie que ce qui se vend bien. La médiocrité ne s’imite pas en économie. Une mauvaise nouvelle car ceux qui s’y mettent cœur, âme et esprit créatif risquent de nous arracher cette position de leader mondial de l’art du Kofia. Ils peuvent créer des marques de Kofia en imitant les nôtres, les enregistrer, créer de labels qualité et nous chasser de ce  marché dont nous étions les seuls détenteurs des secrets de fabrication. J’avoue avec regret que j’ai constaté une certaine naïveté chez certaines des nôtres sur le Kofia. On dit qu’il ne faut pas éveiller son concurrent confirmé ou potentiel ni lui offrir un bâton pour te faire battre. J’ai vu des Comoriens avec de Kofia Comoriens estampillés : Nike, Lacoste, Adidas. C’est un appel lancé à tort ou à raison aux groupes industriels structurés et dotés des moyens de venir nous détrôner de ce marché.

Il n’est pas trop tard pour mieux faire comme on dit. Il faut qu’on crée des labels de promotion et de protection de notre Kofia qui est à la fois produit de commercialisation et emblème nationale (marque de reconnaissance utilisée pour identifier un Comorien à l’étranger). Il nous faut entre autres la mise en place rapide des labels genre IPG : Identification Géographique Protégée. « L’IPG est un label qui garantit l’origine géographique, la qualité, la réputation ou tout autre caractéristique pouvant être attribuée à cette spécificité ».  Le respect du cahier des charges pour le Kofia labélisé ou certifié  » Made in Comores » peut être défini par la chambre de commerce,  et le contrôle et son apposition confiés à la FEC ou aux groupements des associations de femmes artisanes du Kofia. On pourrait aussi élaborer avec l’aide de ce femmes un guide de bonne pratique de fabrication du Kofia (GPFK). Et pour maintenir la femme pour l’amélioration continue,  on pourrait également initier un prix national du meilleur Kofia de l’année qui récompenserait la femme, le groupement féminin ou l’entreprise ayant excellé dans ce domaine.

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