L’insécurité alimentaire augmenterait le coût des soins de santé.

bananeLes gens qui ne mangent pas à leur faim font davantage appel aux services de santé, révèle une étude menée en Ontario (Canada) et publiée dans le Journal de l’Association médicale canadienne. Selon le degré d’insécurité alimentaire, les coûts engagés pour soigner ces personnes sont de 23% à 121% supérieurs à ceux nécessaires pour soigner les gens qui n’ont pas de mal à se procurer des aliments.

En tant que professionnel de la santé, cette information m’interpelle dans la mesure où deux facteurs contributifs, fondamentaux pour la sauvegarde de notre  qualité de vie sont dans un état alarmant dans notre pays à savoir : l’insécurité alimentaire chronique dans nos foyers respectifs (zuli, ndzaya, twauni) et la dégradation des soins et services de santé en raison du sous financement public de notre système de santé (umavu unono djimla). 

Certes, la pauvreté est frustrante; avoir faim tout le temps, l’est encore plus; en revanche, être pauvre, malade et affamé est, selon moi, humainement inacceptable. En effet, il est reconnu que les gens pauvres ont tendance à adopter un style de vie malsain qui favorise la maladie et par ricochet, accroissent leur besoin en service de santé onéreux. Étant donné leurs incapables de  payer leurs soins, ils se dirigent vers des charlatans au péril de la vie. En outre, plus il y a des pauvres mal nourris, plus il y aura des consommateurs de services et plus l’État doit augmenter ses dépenses en santé pour les soigner. C’est pourquoi, dans un pays techniquement en faillite et qui s’est désengagé de son rôle régalien, il est légitime de se demander comment l’État va s’y prendre pour prévenir l’horreur en offrant des soins appropriés aux milliers de patients qui envahiront son réseaux de santé, victimes des maladies nutritionnelles? Comment une telle équation élémentaire peut-elle échapper à la logique de nos décideurs? Pourquoi nos lobbyistes (élus, oulemah, notable, officier de l’armée nationale) ne s’en émeuvent pas face aux affres de cette génocide programmée et de penser y échapper?

La pauvreté, nous le savons tous, n’a pas reculé aux Comores, au contraire, elle a pris une ampleur jamais égalée, masquée par une prospérité factice à travers des marchandises de bas de gamme venues de Chine et de Dubaï, ou par ces villas cousues construites, ici et là dans une désordre urbain total, pour la plus part avec de l’argent issu des fonds publics, en passant par  l’explosion de notre parc automobile, sans oublier bien sûr les sacrosaintes festivités traditionnelles tape-à-l’œil qui nous donne l’impression de baigner dans le bonheur.

Pourtant, on n’est pas dupe, dans nos îles aux parfums, peu de comoriens mangent à leur faim; s’offrir plus d’un repas par jour est devenu un luxe; manger équilibré, une autre paire manche car la qualité des produits est douteuse; le kwashiorkor, le marasme, ces maladies nutritionnelles infantiles ont refait surface dans nos villages; les femmes, sous-alimentées durant leur grossesse accouchent des bébés de faible poids et n’ont pas assez du lait pour amorcer un allaitement convenable. Cette déficience alimentaire permanente rend les comoriennes vulnérables aux complications obstétricales d’où, une augmentation exponentielle de la mortalité périnatale et infantile digne d’un pays sous-développé; les salaires, insuffisants sont versés à compte-goutte appauvrissant les ménages incapables de se payer les denrées de premières nécessités hors prix; les sources de revenues légales sont rares pour ceux qui inspirent à un repas copieux; Et, comme toile de fond entourant cette misère nutritionnelle, le gèle total des investissements publics en santé.

Ainsi donc, compte tenu du faible pouvoir d’achat des ménages comoriens, les empêchant de manger à leur faim, de la situation catastrophique de nos finances publiques incapables d’ investir le moindre sous pour le bien-être de la population, de l’état chaotique de notre système de santé rendu inaccessible à cause de son mode d’organisation dysfonctionnelle et inopérante, du délabrement apocalyptique de ses infrastructures et de l’impossibilité de plus en plus alarmante des usagers à défrayer les frais exigés pour se faire soigner dans des conditions sécuritaires, peut-on déduire, que nos vies, notre santé, notre dignité, notre bien-être collectif, aux yeux de nos dirigeants, n’ont plus d’importance et que fatalement nous devrions accepter notre sort sans broncher?

Il y a danger; il est réel; il faut agir très vite; notre avenir est menacé. Notre situation sanitaire est trop mal en point; la pauvreté financière et nutritionnelle particulièrement précaire des ménages, qui peinent  à se nourrir adéquatement, je le répète, ou de prévenir la maladie et ses complications, n’est plus à prendre à la légère. Le statu quo n’est pas la solution pour éviter les  conséquences de cette tragédie collective? En dépit de ce calme relatif, une menace sanitaire d’envergure plane au-dessus de nos têtes; l’implosion est palpable. Nos liants naturels si humbles, si fragiles qui, jusqu’ici, ont su nous préserver d’une déchirure irréparable, tendront-ils encore le coup cette fois-ci?

Par Ben Ahmed.

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