Ma-Mwe : du sparadrap pour guérir une maladie chronique !

Mamwe_nNous constatons qu’il n’y a pas eu d’engagements de la Mamwe. La situation se résume ainsi : « plus elle reçoit du carburant subventionné plus elle va nous éclairer ». Cette conclusion que l’établissement public veut imposer au citoyen et aux dirigeants comme « logique », n’en est pas du tout en réalité. Le problème est ailleurs mais entraîne des conséquences sur le lien « carburant-éclairage » que l’on pense résoudre avec la subvention de 150 KMF par litre.

Ce n’est pas une nouveauté, car durant au moins les deux derniers « Ramadan » (avec des DG différents), Mamwe a reçu du carburant et elle a éclairé confortablement toute l’île de Ngazidja et Moili, son champ d’action. Mais qu’est-elle devenue après ? Autre chose, la précédente direction n’a –t-elle pas eu à payer le prix du gazole à 250 KMF/litre. Les abonnées ont-ils eu droit à de l’électricité et de l’eau de manière régulière ?

Je continue de penser que cette approche « gazole contre éclairage » n’est pas du tout la bonne et tout peut basculer dans le mauvais sens malgré la bonne volonté des uns et des autres.

J’ai aussi quelques interrogations : Si la capitale Moroni et ses alentours sont « normalement éclairés » avec cette subvention, quid des abonnés des autres régions ? Est-ce normal pour ceux-ci de se voir priver d’électricité pour au moins la moitié du temps ? Que vont faire les gérants des unités de concassage, des cybercafés, stations services, les épiciers, les boulangers, les menuisiers, et autres artisans ou industriels installés en dehors de Moroni ? Maintenant que la Mamwe recevra gratuitement 14000 litres par jour, cela suppose une augmentation des recettes (si recouvrées), mais qu’est ce qu’elle en fera de ces ressources ?

Si la période de révision arrive, Mamwe demandera t-elle encore une allocation de l’Etat pour l’intervention sur les générateurs ?

La volonté d’accompagnement de l’Etat est à saluer pour venir en aide à l’établissement public, mais la portée de l’initiative est très courte qu’on ne le pense car les vrais problèmes n’ont pas été posés. A vrai dire les uns et les autres ont voulu jouer la prolongation vu que la solution que les responsables actuels espèrent, est la mise en place de la centrale au fioul lourd en fin 2015-début 2016. Si je suis très bien le résumé des échanges, j’en conclue que d’ici là, l’état et la Mamwe respecteront leurs paroles, et on vivra cette situation médiocre pour encore au moins 20 mois.

Je pense en effet, qu’on vient de solutionner un problème là où il n’y n’était pas. En réalité, il y a des questions fondamentales dont les réponses auraient permis d’accompagner au mieux par ces mesures urgentes (qui ne sont pas des solutions durables, rappelons-le) qui devraient être posées pour qu’on puisse commencer à travailler en espérant voir le bout du tunnel. Ces questions sont entre autres les suivantes :

  • Quel est le coût réel (actuel) du kilowatt produit par la Mamwe ?
  • Combien Mamwe a –t-elle d’abonnés pour l’électricité ? pour l’eau ?
  • Quel est le cout de production du kilowatt à pleine capacité (par rapport à la puissance installée) ? idem pour le m3 d’eau qui arrive dans les robinets ?
  • Quel est le taux de recouvrement des unités produites et consommées ?
  • Quels sont les objectifs en termes de recouvrement compte tenu des difficultés, pour avoir une situation soutenable ?

Connaître ces données avec précision permet aux dirigeants de la Mamwe et à l’Etat d’avoir les bonnes cartes pour mieux décider. Le premier négocierait avec exactitude le montant de la subvention en toute situation et quel qu’en soit le prix du carburant, et le second répondrait de façon efficace suivant ses capacités et ses priorités.

Les difficultés structurelles de la Mamwe se résolvent avec de l’engagement (une gestion axée sur les résultats), des outils (comptabilité analytique, notamment), des mesures (GRH), et de l’expertise en appui (technique et surtout commercial). C’est au fond, du management qu’il faut pour stabiliser la société (3 mois), l’assainir (12 mois) et la viabiliser (18 mois), plutôt que des ressources d’appoint non optimisées qui risquent d’être plongées dans un puits sans fond.

Donc Mamwe a besoin d’une équipe dirigeante engagée ou reconduite sur la base d’un contrat de performance avec des objectifs bien définis dans le temps sur lesquels chaque partie prenante (Etat, CA, Direction et Syndicat des employés, Secteur privé et Autorités locales) s’engage à son niveau pour atteindre les résultats.

Concrètement, la direction doit mettre en place en son sein des équipes pour i) gérer l’urgence tout en rassurant ses clients et leur permettre de s’organiser face aux délestages (surtout le secteur privé) et ii) se projeter dans le moyen terme avec des solutions réelles et adaptées.

Ces solutions sont liées :

  • à la production (partenariat avec les gros consommateurs qui disposent de gros générateurs privés, remise en état des micro centrales dans les régions …),
  • à la gestion commerciale (assainissement du fichier clientèle, partenariat avec les communes pour les recouvrements et la lutte contre le vol),
  • à la sensibilisation pour lutter contre le gaspillage (utilisation des lampes à basse consommation y compris pour l’éclairage public, des équipements faibles consommateurs d’énergie, mise aux normes des installations électriques domestiques et industrielles) et
  • au renforcement des capacités humaines du secteur (opérationnaliser un système d’information énergétique, multiplier les formations techniques et continue pour le personnel mais aussi pour les entreprises intervenant dans le secteur)

Ces solutions sont à mettre en place en parallèle ou en complément des actions financées avec l’appui l’Etat, de la BAD, de la Banque Mondiale et de l’UE notamment, au bénéfice du secteur de l’énergie.

La problématique de la gestion de l’eau est peu abordée ici, mais il existe pas mal de solutions simples, originales, sécurisant l’approvisionnement, et créatrices d’emplois que nous présenterons séparément.

Enfin, en cette période de crise, on a très peu entendu le Conseil d’Administration fraîchement mis en place. C’est un problème de gouvernance qui nous amène à nous poser la question sur son rôle et ses attributions si les démarches et décisions ci-haut peuvent être prises sans son implication.

Par Moudjmal Mohamed Issa

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