Naufrage de Madjiriha : l’an I

9 aout 2011-9 aout 2012, cela  fait déjà une année jour pour jour que le bateau AL-Madjiriha  a fait  naufrage sur les cotes  de Shindini au sud de la Grande comore pour cause de surcharge et de panne de moteur.  Le naufrage  a fait,  selon un bilan officiel publié par le COSEP, 54 morts,  64 rescapés, 7 portés disparus.  Selon les témoignages  des rescapés, le ferry aurait embarqué  plus  de 125 personnes  à bord dont une vingtaine d’enfants,  pour une capacité maximale de 70 passagers.

Le président de la République fraichement  entré en fonction, avait promis de punir les auteurs d’actes  de négligences  et d’irresponsabilités  ayant  provoqué  des pertes de vies humaines.   Mais sur le terrain, rien n’est encore fait, en ce sens que les sanctions administratives et disciplinaires infligées contre les trois  hauts fonctionnaires du ministère du transport (suspension dans leurs fonctions)  ne sont pas suivies d’effet. Certains  de ces hauts fonctionnaires ont été rétablis dans leurs  fonctions respectives  après quelques semaines.

Sur le plan judiciaire, le parquet de Moroni, a décidé  d’ouvrir  une information judiciaire pour « homicide involontaire et non-assistance  à personnes  en danger »  pour  mieux appréhender  les auteurs des actes. Résultat de l’enquête, cinq personnes mises en détention préventive et six autres placées  sous contrôle judiciaire.  Parallèlement, le parquet de Mutsamudu a ouvert  une enquête judiciaire  estimant qu’il est compétent  pour juger les coupables en ce sens que   trente et une victimes sont originaires d’Anjouan, et que le port d’attache du Madjiriha  était le port de  Mutsamudu. C’est la raison pour laquelle  le parquet de Mutsamudu a  toujours refusé  de livrer  l’armateur du navire originaire d’Anjouan  vers le  parquet de Moroni. Par conséquence, aucun procès n’a eu lieu car le juge d’instruction désigné pour instruire le dossier  a été dessaisi de l’affaire et le dossier est dans l’impasse. Malgré cette procédure judiciaire engagée par la justice comorienne, les personnes impliquées dans cette tragédie sont tous  libres de leurs mouvements et les familles de victimes attendent toujours justice et indemnisations.

Au niveau de la règlementation, les mesures annoncées  par les autorités nationales après le naufrage en matière de transport maritime sont maintenues en l’espèce (interdiction des bateaux qui ne sont pas en règle,  contrôle rigoureux lors d’embarquement des passagers, permanence 24/24h de la capitainerie du port, ……). A l’issues de ces mesures d’interdictions,  trois  navires seulement (Tratringa, Princesse Caroline, Bouchrale-air) ont été déclarés conformes à la réglementation  pour assurer le transport maritime inter-île. Ce qui est insuffisant d’autant plus que la plupart des compagnies aériennes, qui desservaient les îles, ont été interdites de vol pour cause d’équipements non conformes. Résultat,  il n’y a plus suffisamment de bateaux, ni d’avion aux normes pour le trafic inter-îles et le prix des billets a doublé. Les plus pauvres n’ont d’autres choix que de se déplacer dans des embarcations de fortune (les kwassa).

Sous la pression des citoyens et des armateurs, le ministère du transport prépare en ce moment  un assouplissement   de ces mesures  pour alléger  la législation maritime inter-île afin de permettre une  circulation régulière moins risquée dans les îles. Dans cette perspective, la Fédération Comorienne des Consommateurs (FCC) n’a pas changé de position. Elle exige le respect stricto-sensu  de la réglementation  pour éviter  que des navires poubelles travaillent dans notre pays.  Et sur ce, rappelle au gouvernement qu’un assouplissement de la réglementation ne doit pas  déroger aux  conditions  minimales de transport maritime à savoir (gilets de sauvetages, canoës,  double moteurs, feux de détresse, effectif suffisant en qualité et quantité pour assurer la sécurité à bord,   machine de télécommunications, certificat de navigation délivré par un organisme agrée). Par ailleurs, la FCC  appelle les citoyens, la société civile, le secteur privé  à soutenir cette position pour  éviter de nouvelles tragédies.  La vie  des citoyens n’a pas de prix.

DARDAY  YOUSSOUF   NOMBABA

Responsable  de la Commission Transport de la FCC

Historique des naufrages aux Comore

(Source : ministère du transport)

 1988 : le boutre en bois CHOUKOURA  a coulé  en faisant 40 disparus (le boutre n’était pas bien étanche, il a pris l’eau)

 1994 : au mois de juillet, le  boutre à moteur  ZAZA KELE  a échoué sur  les côtes de Shindini faisant 22 morts (le mauvais temps a été la cause du chavirage)

 1996 : au mois de juillet, le bateau NIYATI SOIFA  a coulé  entre Shindini et Mohéli, faisant 76 morts  (la cause était une voie d’eau à l’arrière)

  1998 : la FREGATE DES ILES  a coulé en  faisant 2 morts

  2004 : le 7 avril, le ferry  SAM-SON  a échoué au large  des côtes  malgaches, seulement deux  survivants sur (le mauvais temps était la cause du naufrage)

  2011 : le 9 aout, le bateau MADJIRIHA  a échoué sur les côtes de Shindini, faisant 54 morts  et 64 rescapés, 7 disparus (le surcharge des passagers et une panne du moteur ont été la cause de ce désastre)

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