Poissons, petits poissons

Nous méprisons et ignorons notre première et évidente source de richesses : la mer. De notre héritage bantu (?) nous gardons la fascination pour le zébu famélique et le lopin de terre ingrat. Nous éprouvons un mépris extrême et une ignorance crasse de tout ce qui a trait à la mer. Le quartier (d’en bas), le village des pêcheurs, les pêcheurs eux-mêmes sont au bas de la société (wandru wa hambwani halisi). On n’oubliera pas le mauvais mari à qui on fera avaler des “nkofu za mbwani na konkotumba” classés plus dégueulasses que des verres de terre et des limaces.

Des petits pays insulaires comme l’Islande, les Iles Féroé au nord le Cap vert, les Seychelles, les Maldives près de nous ont construit en partie leur richesse avec la pêche et les activités maritimes et balnéaires. Les enfants des classes moyennes urbaines comoriennes vont à la plage mais n’apprennent rien sur la mer. Nos écologistes et éducateurs devraient programmer la découverte du monde marin à l’école primaire.

Quel est le pourcentage de personnes, capables d’identifier et nommer plus de 15 espèces de poissons. Bien que né à moins de 60 m du kalaweni (l’ex port aux boutres de Moroni) et grandi en bord de mer, je ne reconnais une dizaine de poissons qu’une fois en bouche.

L’obligatoire thon trop cuit, trop frit, trop grillé et barbouillé de purulente mayonnaise, est l’hôte  marin qui monopolise les assiettes. Les rares personnes qui versent une larme de plaisir en parlant de Mhudana, Pandje (peu prisé, mais dont j’adore la chair), mhundadji, nyangame, mtsumbuwu (malgré les arêtes) etc… passent pour des hommes de caverne marine.

msam

Trois brèves histoires du Ikoju

J’aime le Noungou. Evidement cela fait mauvais genre au Bled. Le poisson ne cadre pas avec l’imaginaire esthétique des comoriens : rond , ébouriffés à multiples piquants et arrêtes. Le poisson-hérisson ou poisson porc-épic appelé aussi Diodon en français, est pourtant une délice. Quelle est bonne sa chaire, tendre et succulente. Mangez du Noungou cela n’ôtera aucune étoile sur vos Johos trop grands et on vous dira toujours Mwenehani. Gardez éventuellement  le squelette pour les sorcelleries, cette science méconnue.

Mon père, paix à son âme, ne mangeait pas le Mbweza (poulpe) prétendant qu’un de ses aïeux l’ayant fait, lui est sorti par le nez avec ses tentacules. Evidement c’est une légende qui lui a été racontée quand il était gamin. Mais il ne prenait aucun risque. Élevé dans le Forodhwani de Zanzibar moi j’en dévorai sur toutes les coutures : sautée, à la braise, au lait de coco, en salades etc. C’est parfois Miko, Fady et j’adore

La bouillabaisse à Marseille est une institution. Je n’apprends rien aux « Je viens de » et « aux Je vis là-bas » de tout bord. Et pourtant invite un d’eux en Aout et prépare lui  wanazinfi (la base de la bouillabaisse finalement)  relevé avec un peu de putu et citrons : A moins qu’il soit grippé jusqu’au cerveau il te maudira de lui faire manger les poissons des grottes !

Je voulais aussi vous parler de Nessa mais chacun a certainement une histoire sur Nessa. Retenez-vous !

Athman

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