Quand “ntsi” (sol, terre), affecte la conjugaison d’un verbe.

“En considérant par exemple les verbes urenga “prendre” et ukantsi “s’asseoir”, pouvez-vous dire pourquoi on obtient quelque chose comme ceci ngamrengo “je prends” et ngamkontsi “je m’assois”, avec l’élément grammatical “o“, tantôt à la fin du mot et tantôt au milieu du mot ?”

Quel est la règle? Pourquoi ngamrengo et ngamkontsi?

Réponse :

Dans une phrase simple, la conjugaison d’un verbe au présent progressif affirmatif obéit au schéma suivant :

nga indice-sujet + radical verbal + suffixe verbal + o

  • nga, indique que l’action se fait au moment où l’on parle (pour simplifier)
  • L’indice-sujet est un pronom qui fait référence au sujet,
  • le suffixe verbal est généralement la voyelle “a” de l’infinitif qui est obligatoirement présente, sauf pour les trois premières personnes du singulier pour les humains,
  • les éléments nga et o vont de pair.

En reprenant notre verbe urenga nous obtenons ceci :

1ere personne du singulier :  ngamrengo     “je prends”

1ere personne du pluriel :     ngarirengao   “nous prenons”

2eme personne du pluriel :   ngamrengao   “vous prenez”

Pourquoi, apparemment, le verbe ukantsi ne respecte pas alors cette structure ? Pourquoi avons-nous à la première personne du singulier ngamkontsi, avec l’élément “o” au milieu du verbe ?

La première raison, c’est que ce verbe ne se termine pas par la voyelle “a” à l’infinitif, comme la plupart des verbes comoriens d’étymologie bantoue (Ex : utsehauonaupvimahulahunwa, usomahwenɗa / hwendrahwandziha / hwangiha, etc), mais il se termine par la voyelle “i“.On peut alors se poser une autre question : pourquoi ce même verbe ne se comporte pas de la même manière que le verbe ufikiri qui se termine lui aussi par la voyelle “i” et qui donne à la première personne du singulier ngamfikiri, sans notre fameux “o” ?

Si nous examinons le répertoire des verbes shiNgazidja, nous pouvons en dénombrer quelques-uns qui se terminent par “ntsi” et qui se comportent de la même manière que le verbe ukantsi. Nous avons : urantsi “laisser, laisser tomber, abandonner”, hwehantsi “poser”.

Sur le plan sémantique, ces verbes ont un rapport avec ntsi “le sol, la terre”. D’où :

  • ukantsi      “s’asseoir” (c’est “être par terre”  –> uka(ya) + ntsi),
  • urantsi       “laisser, abandonner” (c’est “jeter par terre” –> hura + ntsi)
  • hwehantsi  “poser” (c’est “poser ‘délicatement’ par terre” –> uyeha + ntsi)

Il apparaît clairement ainsi que ces verbes sont des verbes composés avec une première partie formée d’un verbe et une deuxième partie formée d’un nom. On comprend alors pourquoi on  a ngamkontsi, car, seul le verbe se conjugue (–> ngamkongariko, etc.), jamais le nom. Vous aurez peut-être remarqué l’expression “apparemment” employé ci-dessus.

Voilà l’énigme résolu, si je puis m’exprimer ainsi. Je ne sais pas si j’ai été assez clair…

Enfin, l’élément nga peut avoir plusieurs formes en fonction de l’environnement sonore et/ou morphologique (en shiNgazidja : ngo,ngu, ngwa ; en shiMwali : ngo, nge, ngwa…). Mais, je ne vais pas entrer dans les détails ici, ce sera pour plus tard.

M.A. CHAMANGA

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