Qui était la 1ère femme instruite aux Comores?

Où sont les archives? Qu’entendons nous par « instruction »?

« Par la présente,  j’aimerais vous demander de bien vouloir me faire savoir qui était la première femme instruite des Comores. J’ai une présentation à faire dans le cadre de mes études (Master 2 Management des Activités Touristiques (MAT) à l’IAE de l’île de La Réunion), et je souhaiterais avoir plus de renseignements et de précisions sur la question. Je vous remercie d’avance de votre compréhension.
Cordialement »
Ce message envoyé dans le forum de la FCC https://groups.google.com/forum/#!forum/consommateurkm  par Charifa KASSIM MOZE, étudiante en Master 2 Management des Activités Touristiques  à l’IAE – IUP Tourisme (Saint Denis, Ile de La Réunion),  a débouché sur la question de l’absence d’archives nationales dans notre pays.

Ahmed OULEDI

J’ai eu à réaliser un travail d’enquête préalable à la conception et à la réalisation de mon exposition intitulée  » les Comores au féminin », une exposition qui situait la place et le rôle de la femme aux Comores de 1880 à nos jours. Il est apparu très difficile de parler de la première femme instruite, puisque on trouve des femmes lettrées en arabe ou en théologie (ma fundi wa paya lashiyo) ayant obtenu leur grade à Zanzibar ou à Madagascar. Par contre si on parle de femme ayant suivi un cursus primaire, secondaire, supérieur ou professionnel, c’est le secteur santé qui a été pionnier on peut citer entre autres femmes Mme Bazi Ali Selim. Il faudra retrouver la brochure éditée lors de cette exposition qui retrace la parcours de la femme comorienne dans les îles de la lune.

Mme ABDALLAH Fatouma

Ouled a raison ; la première femme qui a fait ‘ l’école’ aux Comores c’est Mme Ali Bazi Salim  Hadjira et la première bachelière Mme Mouniat Said Mohamed

Mme Mohamed Sittou

Je crois qu’il faut également se renseigner sur l’année  de l’obtention du Bac de Mifouza car parfois j’entends dire quelle est la 1ere bachelière.

Said Mchangama

Je m’étonne qu’on ne parle pas ici de Mmadjamu de Ntsudjini ou d’autres femmes d’Anjouan, Mayotte et Moheli d’avant la période coloniale. « Instruite » ne s’applique qu’au savoir dispensé par les Européens ?

S’il s’était agi d’un homme est on sûr que le bac aurait été la référence ?

Pensons à Fundi Abdoulhamid, Said Mohamed Cheikh, Mohamed Ahmed, Maître Affane (Domoni), Salim Issa et plusieurs autres  que j’ignore, qui ont suivi une des formations françaises pour indigènes dont le bac n’était pas  nécessairement un jalon ni un passage obligé.  Ce fut le cas  aussi pour des générations plus jeunes  sans bac qui ont produit des acteurs de notre société, éminemment « instruits.

Je ne sais  comment qualifier Fundi Ahmed  Bacheikh, grand-père  du Dr Said  Haassani Mohamed, qui m’a appris, comme à beaucoup d’autres, à aimer regarder le ciel étoilé, et à identifier des étoiles, avant mon entrée à l’école et aussi trouver le nord en fonction de l’ombre diurne.  Il savait bien d’autres  choses.

On peut supposer, que Said Omar ibn Sumeith, originaire de Tsidje par la mère et qui fut cadi à Zanzibar, avait prouvé aux Anglais, gens assez  sourcilleux  sur les  qualifications, qu’il avait le savoir nécessaire pour juger une  société  assez  complexe et apprécier les frontières entre les sphères du droit islamique et du/ de la  common law britannique.

Revenons aux femmes. Quelle est la définition que nous donnons à instruite ?

En attendant honneur à M Hadjira Aliamani épouse Bazi pour sa  contribution à la santé de ce pays, et qu’à travers  ces  échanges naissent des envies de découvrir l’histoire et la contribution de la femme comorienne.

Amed Ben

Penser aussi à madame Dr Ben Ali, madame Affandi, madame Assiata Soilihi, madame Faouzia touts des sages-femmes qui ont apporté beaucoup à la santé des mères/enfants aux Comores bien avant notre indépendance.

Karim Ali Ahmed

Il ne faut pas oublier également que beaucoup de femmes étaient au cœur guerres entre sultanats (apports politiques et culturels), et que nombre d’entre elles ont été à la tête des écoles coraniques du pays. Je crois donc qu’avant de s’avancer il y a lieu de bien définir de quelle instruction il s’agit !!!!

Aboudou Assoumany

Pour les esprits colonisés que nous sommes l’instruction c’est celle du maître! Or effectivement l’Instruction est universelle et aux Comores beaucoup de gens sont lettrés voire même des érudits en arabe sans citer tout ce qui est dit avec les exemples sans parler ni écrire un mot de français!

Donc continuons les recherches!!

Wahib Djambae

Au moment où nous débattons sur la première femme instruite des Comores et cherchons à la connaitre, le Mali pleure et enterre avec les honneurs de la nation sa première bachelière, Sira Diop.
Ce débat sur la première femme instruite des Comores  qu’on ne parvient pas encore à identifier soulève  la question des archives nationales. Il nous faut une maison, une direction nationale des archives pour sauver ce qui peut l’être de notre histoire culturelle, politique, scientifique et technologique. Si aujourd’hui le Mali a pu  rendre  un dernier hommage à sa première bachelière ( http://news.abamako.com/v/8085.html) qui vient de décéder à l’âge de 84 ans, c’est par ce qu’il y a un conservatoire des archives nationales . Cette baobab féministe, Sira Diop, a obtenu son baccalauréat bien avant l’indépendance du Mali, au lycée des jeunes filles de Rufisque au Sénégal. La sauvegarde de nos archives nationales est un combat qui concerne tout le monde. je me réjouis que le débat soit lancé pour qu’on se mette au travail ou que les dépositaires ces archives en prennent soin. On entends avec tristesse qu’à chaque fin de mandat des documents sont soustraits et détruits, des bureaux brulés (direction des impôts et domaines, justice…). Dans ces conditions, il est difficile de constituer des archives. J’invite chacun de nos compatriotes à poser au jour le jour des actes dont il serait fier qu’on en parle  aujourd’hui et demain. J’invite aussi nos ainés qui par leurs âges, leurs expériences sont dépositaires de beaucoup des choses à les écrire pour enrichir la mémoire collective. Les journalistes ont un grand rôle à jouer ici. Ils doivent interroger nos sages, personnes âgées pour recueillir ce que chacun a gardé de notre histoire. Laisser les sages partir sans nous donner ce qu’ils ont gardé pour nous et pour les générations futures serait synonyme de laisser le feu s’en prendre à notre mémoire collective comme disait Amadou Hampathé Baathé Ba, « un vieux qui meurt en Afrique, est une bibliothèque qui brule ».
http://news.abamako.com/v/8085.html

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