Qui se rappelle encore de l’huile de jatropha curcas (mafura ndzungu) ?

Photo-0019On est à Bangwa dans la région de Hambou. Des grands-mères et des petits enfants cassent  des Ndzungu (les graines du jatropha curcas) pour extraire l’amande qui servira à faire de l’huile (mafura ndzungu), une image d’un autre temps! On se pose mille et une questions, à quoi cela va-t-il servir aujourd’hui? Que faisait-on de cette huile dans le temps ?

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Le jatropha curcas (mdri mzungu) est un arbuste originaire du Brésil mais qui s’est très bien adapté en Afrique (Mali, Sénégal, Comores,…). La multiplication se fait par semis ou par bouturage. Douze mois suffisent pour obtenir une plante adulte à partir des graines (ou 9 mois à partir d’une bouture). La plante a peu de besoin en eau, de l’ordre de 400 à 600 millimètres de précipitations annuelles. La plante peut commencer à produire au bout d’un an. Chaque arbre adulte donne entre 2 et 6 kg de graines par an, généralement en deux fructifications.

Aux Comores, on  trouve le jatropha curcas dans les plantations de vanille, il sert de tuteur à la vanille qui comme tout le monde le sait, est une liane qui a besoin d’un soutien pour se développer. Il sert aussi à faire les clôtures des champs et des jardins en milieu rural. L’huile de jatropha curcas est une huile végétale qui avait  de nombreux usages. Elle servait pour l’éclairage, les femmes l’utilisaient aussi pour l’entretien des cheveux et comme huile de massage. Mais la perte de valeur de la vanille qui a entraîné presque l’abandon de cette culture et l’arrivée du pétrole et des produits cosmétiques a fait tomber en désuétude cet arbuste qui  disparaît petit à petit du paysage.

Ainsi, cet arbuste jadis très présent dans la vie du Comorien il y a moins de 50 ans, est aujourd’hui en voie de disparition, parce que ne servant plus à rien. Et voir de nos jours des grands-mères décortiquer les graines (ndzungu) en vue d’extraire l’huile est insolite.

Cette huile a-t-elle des vertus spécifiques ?

Oui si on tient compte des dernières  activités autour de cette plante. Le jatropha curcas est considéré comme l’une des sources la plus prometteuse dans la production de bio carburant. Et certains pays comme l’Inde, le Mali ou Madagascar se sont lancés dans la plantation de cet arbuste sur des hectares pour produire du bio carburant (l’or vert). Il faut savoir que cinq kilos de fruits suffisent pour produire 1 litre de bio-carburant, la potentialité de production est donc de 600-1800 litres d’huile à l’hectare.

Autre piste d’exploitation, la coque séchée des graines serait un bon combustible et peut remplacer le bois de feu, ce qui serait peut être une alternative pour lutter contre la déforestation en milieu rural.

Mais pour chez nous, une grand-mère et de petits enfants très appliqués qui décortiquent les graines de jatropha, est une image d’un autre temps, du temps de la transmission des connaissances par l’apprentissage. Ces enfants sont des privilégiés sans le savoir, ils sont peut être les derniers détenteurs de connaissances presque oubliées, d’un savoir faire qui va disparaître.

N’étant pas une scientifique et ne connaissant la plante que par ses usages habituels, je rappelle simplement que c’est une plante à manipuler avec attention étant toxique. Peut être qu’à partir de ce clins d’oeil, des spécialistes nous parlerons de ses vertus et de ses dangers.

Photos: Anrfata Adjilani

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