Traitement de la malnutrition aux Comores, témoignage de l’ancienne directrice de la DRS de Ngazidja

Unicef Canada_PHOTO_EN_9195-e1452615384280Suite à un article sur le « Plumpy’nut » surnommé « la potion magique » ou le « Nutella des pauvres » https://ecceafrica.com/plumpynut-lutter-contre-malnutrition-enfants/ , soumis pour étude à la commission nutrition de la FCC, le Dr Zouleika Abdallah, ancienne directrice de la DRS de Ngazidja nous livre ici un état de lieux de la prise en charge des enfants souffrants de malnutrition aux Comores, particulièrement à la Grande Comore.  En ce qui concerne la FCC, cet article nous a interpellé sur 2 points essentiels, le risque d’obésité et d’allergie suite à la consommation de ce produit même si le produit jouit d’une double recommandation de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et du PAM (Programme Alimentaire Mondial). Comme tout produit raffiné, le respect des conditions d’utilisation est indispensable pour éviter tout effet secondaire. D’où notre questionnement à savoir si dans les pratiques, notre système de santé applique à la lettre les protocoles.

Ce témoignage nous renseigne à la fois sur le fonctionnement et l’état des connaissances sur la question de notre système de santé.

La Direction Régionale de la Santé de Ngazidja comprenait 12 services/programmes de santé centrés sur 3 thématiques :

  • La santé de l’enfant
  • La santé familiale
  • La lutte contre les maladies

Parmi ces 12 services/programmes, compte le programme Nutrition qui comportait deux volets :

  • La protection de la santé des consommateurs (sécurité alimentaire ; sous-service non actif)
  • La lutte contre la malnutrition (dépistage et prise en charge de la malnutrition) ; la population cible était les moins de 5 ans.

Selon une étude de 2008 effectuée par l’UNICEF sur des enfants de moins de 5 ans, des zones de malnutrition aiguë ont été identifiées au niveau des 3 îles. Et dans ces zones, des familles comptant un ou plusieurs enfants souffrant de malnutrition aigues ont été sélectionnées dans le cadre d’un projet pilote de prise en charge de la malnutrition appuyée par l’UNICEF.

Ce projet reposait sur 3 niveaux :

  • Le premier niveau : les agents de santé communautaire ; leur rôle était de suivre l’évolution de la malnutrition des enfants via la mesure de certains paramètres dont le périmètre brachial. Ils relayaient les informations au niveau suivant
  • Le second niveau : les centres de santé de districts (CSD/CMC) : les responsables de nutrition s’occupaient de la prise en charge de ces enfants malnutris aigues à l’aide de laits thérapeutiques (F75/F100/BP100) et de pâtes d’arachides enrichies en lait, en sucre, en matières grasses végétales, en vitamine et en micronutriments (APTE, plumpy-Nut) se
  • Le troisième niveau : le responsable du service Nurition de la DRS qui regroupait les informations (saisie des données) et les envoyait au niveau national

Les données faisaient l’objet de publication semestriel pour rendre compte de la situation de la malnutrition aux Comores.

A la prise de mes fonctions mi-novembre 2011, le service « nutrition » était inactif durant l’année 2011 pour les raisons suivantes :

  • Absence de chef de service (affecté à un autre poste) et de financement
  • Intrants périmés (pas de produits pour la prise en charge des malnutris)
  • Pas de prise en charge dans les structures sanitaires sauf CARITAS
  • Défection des agents de santé communautaire pour non-paiement

En 2012, le service fut animé par deux stagiaires non rémunérées (nutritionnistes de formation) qui avaient la lourde tâche de réanimer le service, de réactiver les responsables de nutrition de district (formation et autres) et le réseau communautaire. Sans appui financier, la tache se révélait difficile.

Donc en attendant, CARITAS Moroni était le seul relais de prise en charge des malnutris aigues. Mais leur rôle avait des limites. En effet, les enfants habitant loin de la capitale n’allaient pas au bout de leur traitement, leurs familles ne pouvant faire les allers-retours pour Moroni. Afin de palier à ce problème, une collaboration entre CARITAS et la DRS avec l’appui de l’UNICEF a permis la création de 2 sites pilotes, un à Bahani et un autre à Simboussa permettant de dépister et de prendre en charge les enfants malnutris (Sur le site de Bahani, 140 enfants ont été vus vers fin décembre 2012 – 90 souffrent de malnutrition modérée et 8 de malnutrition sévère. Sur le site de Simbussa, jusqu’à fin novembre 2012, 84 enfants de faible poids étaient identifiés.). Par manque d’intrants nutritionnels, les enfants n’ont pas pu être pris en charge à ce moment-là.

A partir de 2013, le service reçut l’appui de l’UNICEF :

  • Disponibilité des intrants nutritionnels
  • Appui financier pour participer à un atelier national animé en 2014 par le Pr Golden et Yvonne Grellety sur la prise en charge des malnutris aigues

Cet atelier a permis de remettre à jour et de corriger les connaissances sur le dépistage et la prise en charge des malnutris aigues à savoir :

* le périmètre brachial utilisé sur le terrain n’était plus valable

* les intrants nutritionnels sont réservés à la prise en charge des malnutris sévères aigues

* il n’y a pas de protocole type pour la prise en charge des malnutris modérés ; le principe est d’aider la famille à avoir accès à la nourriture. Certains modèles d’aide à ces familles appliquées en Afrique sont : le transfert d’argents, développement d’activités génératrices de revenus, aide à la production familiale, …

* rédaction du protocole de Prise en Charge Intégrée des Malnutris Aigues

  • Appui financier pour la formation des agents de santé communautaire et du personnel soignant
  • Elaboration et validation d’une feuille de route permettant

* d’effectuer 4 campagnes trimestrielles de dépistage de la malnutrition dans tous les villages du pays afin de connaître l’évolution de la malnutrition durant l’année

* de mettre en place les services de prises en charge des malnutris au sein des structures sanitaires

La première campagne nationale de dépistage de la malnutrition aigüe a eu lieu en septembre 2014.

Les résultats sont représentés dans le graphique suivant :

Doc1_page_001_crIl n’y a pas eu d’autres campagnes jusqu’à aujourd’hui par manque de financement.

De plus à l’heure actuelle, seuls les malnutris sévères aigues sont pris en charge. Aucun modèle n’a été statué sur la prise en charge des malnutris modérés.

Par Dr Zouleika Abdallah

Crédit Photo UNICEF Canada

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