Une femme de 30 ans est morte ce matin à El Maarouf, faute d’ oxygène

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Ce jeudi 20 mars 2014 à 9h30 du matin une  jeune femme de  30 ans, mère  d’un enfant de 3 ans  est morte au Centre Hospitalier National El-Maarouf par manque d’oxygène. Elle  souffrait de problèmes pulmonaires qui ne devraient pas  avoir une  issue fatale.
La veille un patient de 60 ans est mort faute d’oxygène.  La  liste est longue. La presse audio-visuelle et écrite en parle. 
 
Cette femme qui est un peu plus  âgée que mon fils cadet, les médecins ont essayé de la sauver avec  un ballon qu’ils pompaient manuellement. Regarder les photos prises  pendant que le personnel médical essayait de la  sauver, car je n’aurais pas écrit ce texte sans m’être assuré des faits de ce témoignage.  Au maximum le ballon peut produire 3 à 5 litres minutes alors qu’avec le respirateur disponible à El Maarouf, les médecins auraient pu lui fournir les  15 l/ mn avec l’oxygène. Sur l’une des photos  prises pendant l’intervention, vous verrez  que le  saturomètre  qui mesure l’oxygène dans le  sang indique 88%. Il faut  au minimum 96%. D’où la nécessité de l’oxygène. Il n’y a pas d’oxygène à El Maarouf  contrairement à ce qu’a  déclaré  le  directeur  de l’établissement à la presse. Il est à la Réunion depuis lundi ; je n’ai pas  pu l’interroger.  Un directeur ne quitte pas un hôpital  qui met en danger ses malades par l’absence d’un simple produit qu’il est possible de trouver dans les boutiques de pays voisins.
Nous en discutons comme  si c’était des faits divers.  De la mort de ce matin, nous allons, comme pour beaucoup de méfaits, de fautes, d’erreurs, de manques, de délits, de crimes, de larcins, de bêtises, de négligences,  des autres et des nôtres, prendre le parti d’en parler, de critiquer, d’en faire un sujet de débats  sous les badamiers. Et passer  à autre chose.
Ces  deux  dernières  semaines, de vrais amis, des contacts de réseaux sociaux m’ont demandé de « crédibiliser »  les 17 morts, supposés être victimes du manque d’oxygène, en publiant l’information  sur le site et le forum de la FCC. Je n’en avais pas les preuves. Pendant ces  deux  semaines, j’ai interrogé des médecins, des paramédicaux, des responsables  du ministère de la santé, des  agents d’El Maarouf, du ministère de l’économie et des finances, des importateurs, et des transporteurs.
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Rien n’excuse qu’à 45mn de l’aéroport de Mayotte, à 1h15 de  Dar Es Salaam, à 1h45 d’Antananarivo et Nairobi des Comoriens meurent dans « l’hôpital de référence » depuis  plus d’un mois par manque d’oxygène.
Il est inacceptable que la Société Gaz-Com, qui pendant longtemps a joui d’un monopole pour protéger une société nationale, ne se débrouille pas pour  sauver des vies, pendant que ses  installations  sont en panne. Et si elle l’a fait la morale commerciale et sa responsabilité d’entreprise  exigent qu’elle s’explique à la population.
Il est inacceptable que la direction d’El Maarouf n’ait pris aucune mesure pour palier à l’incapacité de Gaz-com de livrer.
Il est inacceptable que le gouvernement n’ait pas pris des mesures d’urgence  en attendant de placer les responsabilités.
Il est désespérant que les organisations du secteur privé, ne se sentent pas concernées par cette tragédie nationale, pour trouver une solution transitoire, elles  qui peuvent et savent  importer et ont les  contacts dans les pays voisins.
Il est inacceptable que l’élite de ce pays se contente  de honnir des politicien- ministres  qui ne se sentent aucune responsabilité politique, qui, pour la plupart, n’appartiennent à  aucune force politique, refusent toute responsabilité politique et se déclareront « techniciens » comme ceux  qui les vilipendent, aussitôt hors du gouvernement.
Il est inacceptable que,  je me donne bonne  conscience parce que j’ai écrit ces  quelques  lignes  ou  que  demain je dénoncerais le gouvernement sur  une place publique. 
 
Des comoriens meurent par manque d’oxygène. Cette catégorie de Comoriens qu’on n’évacue pas en urgence à l’étranger avec des indemnités,  quand ils  souffrent de  sinusite, d’obésité  ou d’appendicite.  Ces Comoriens anonymes que les fonctionnaires n’abandonnent pas les bureaux, les  écoles et les hôpitaux pour  aller se pavaner  à leurs obsèques. 
Je ne suis représentatif de rien du tout. Je n’ai aucune influence dans aucun quartier, ni ville, ni région, ni association, ni parti. La Fédération Comorienne des Consommateurs que je préside n’est pas engagée par ce texte.
 
J’exige pourtant en tant  que Comorien, en tant que  citoyen de ce pays, que le gouvernement, dont  je reconnais la légalité et la légitimité, fasse venir  d’urgence de  Dar, Tana, Mamoudzou, Mutsamudu, Nairobi , Dubai , Paris ou d’ailleurs de l’oxygène suffisant  à  El Maarouf pour deux mois en attendant une solution définitive. D’ici le mercredi 26/3.P
Faute  de quoi.  Jeudi 27 je commencerais à manifester, tout seul, toute la journée  et les  jours  qui  suivront,  d’El Maarouf à la Prison de Moroni en passant par le Ministère des Finance et le ministère de la  santé et vice-versa.  Aux deux (2) amis que j’ai à Ntsudjini, je leur demanderai de faire toute  la journée le trajet  Ibu Djuu- Kandaani.  A l’ami d’enfance qui habite à Moroni, je lui demande  de faire le trajet Palais du Peuple-cimetière du marché de Moroni. 
Nous défilerons, chacun dans notre secteur, habillé de notre seul kandu, munis de notre seule carte d’identité.  A la  force publique, nous n’opposerons que notre détermination à ne pas être complice de l’indifférence, d’une lâcheté nationale et de l’irresponsabilité gouvernementale  face à la mort de nos compatriotes les plus pauvres. Ceux  qui voudront  se  solidariser avec nous, en nous rejoignant, devront s’appliquer les mêmes  règles  pacifistes et n’être armés  que d’une inébranlable détermination, de leur droit de citoyen pacifique  qui refuse les  fausses excuses de l’état  après la faillite professionnelle de la direction d’El Maarouf.
J’ai coupé les photos afin de protéger l’identité des  soignants  et de la patiente décédée. 

 

Said MCHANGAMA
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