Une Médaille à Louette par Said Mchangama

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Photo de couverture

Les Comores s’honoreront en attribuant une médaille à Michel Louette.  Que ceux qui s’interrogent sur ce Monsieur, cherchent sur Google ce qui est associé à ce nom. Ils apprendront, en quelques clics, plus sur la faune des Comores, que durant toutes les années de leur vie.

Tambourinons-le jusqu’à ce que nous prenions vraiment conscience de ce grand handicap invalidant : dans un pays où l’élite ignore le nom des plantes et des animaux les plus communs, Michel Louette a passé plus de deux décennies à étudier et à faire connaître nos oiseaux et notre faune en général. 

Il a publié des livres savants. Il a aussi publié des livres pour savants et  quidams qui nous donnent envie  de planer sous les nuages avec les roussettes, ramper derrière des reptiles dans les buissons, chanter aux aurores avec les perroquets et gambader sur les pentes du Karthala ou du Mont Tringi avec des caprins.

Son livre de 2004, La Faune terrestre de l’archipel des Comores, écrit avec Danny Meirte et Rudy Jocqué, publié aux Editions du Mrac, devrait faire partie du « vao » du marié et de la mariée au Grand Mariage. Sunnites et Chiites, Tournanteurs et Elito-nationalistes, Arabophones et Francophones, Grandmariés et gaminsduvillage doivent trouver un consensus pour que ce livre devienne un incontournable des bibliothèques et des foyers comoriens.  On apprend beaucoup sur les animaux terrestres de notre pays : lémuriens,  roussettes, gallinacées, perroquets, rapaces, reptiles et amphibiens,  crustacés et mollusques, insectes, kavu kaivo bo mwanama. Les photos  sont magnifiques. On s’instruit et on se prend d’un peu plus d’affection pour notre archipel et sa nature.

Ce livre est devenu rare. Amazone ne le commercialise plus. Un lot est arrivé au CNDRS, d’où ce post. Les organisations de la diaspora, ne pourraient-elles pas se rassembler et prendre contact avec l’éditeur pour une édition spéciale ? La possession de ce livre-album apporterait aux enfants des connaissances du pays de leurs ancêtres et donnerait aux amis non-comoriens une bonne introduction de l’archipel. C’est la faune des 4 îles qui est recensée, chaque île  avec ses spécificités.

Nous  sommes un pays prodigue de ses médailles. Rares sont les étrangers qui ont passé plus de  deux  ans ici, qui ne partent pas épinglés de l’étoile d’Anjouan. Ce ne serait pas mal, si ces épinglés avaient rendu un quelconque service au pays, à part celui de la location d’un logement, la conduite d’un 4×4 et d’un minimum d’achats à Volovolo pendant leur  séjour parmi nous. Oh ! Bien sûr, Il est indéniable qu’ils  reçoivent dans une banque de l’Union des Comores, une partie de leur salaire d’Expert en routine d’expertises, de feuilles de route, de matrices et de séminaires.

Michel Louette n’est pas de ces  scientifiques qui se la jouent savant dans les pays «en développement ». C’est un savant belge reconnu mondialement, officiant au Musée Royal de Tervuren, qui sait valoriser le travail de ses collègues et collaborateurs du sud. Je ne suis pas peu fier quand je vois comme co-auteurs d’un de ses livres Hachime Abdereman Mmagaza  et Yahaya Ibrahim, tous deux hommes de science amoureux de nos îles, et; champions en modestie. Ses remerciements à Damir ben Ali, Ainoudine Sidi et Masseande Allaoui, anciens responsables du CNDRS  qui ont facilité et soutenu ses missions, ne sont pas de pure forme. MM. Damir et Ainoudine lui ont préfacé des ouvrages. Citons ici que Hugh Dolton de l’ONG Dahari, basée à Anjouan, est aussi co-auteur d’un de ses ouvrages.

Fasse qu’en cette période de pandémie d’EPT aigüe (obsessionus électotite-présidentose-tournantitus comorensis), des voix écoutées à Beit Salam soient entendues, pour qu’une médaille honore notre pays en trouvant la poitrine d’un scientifique qui a passé une bonne partie de sa vie à inventorier cet unique et admirable patrimoine que nous ignorons et négligeons. Ce serait aussi une façon de dire merci à la coopération belge, et, peut-être une bouteille à la mer pour renouer les relations  avec le musée  de Tervuren. Amin.

Pr Louette, le premier à partir de la gauche

Said Mchangama

 

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