Voyage à Mayotte du Président de la Fédération des Consommateurs Comoriens. Ahamada Mli

Du jeudi 16 au mardi 21 Mars 2012, Saïd Mohamed Mchangama, président de la Fédération des consommateurs comoriens (FCC) a effectué une visite de travail, sur invitation du cercle de ladite association  basée à Mayotte. 

L’objectif de ce voyage fut  de sensibiliser les représentants des consommateurs Mahorais sur nos destins liés du moins en matière de consommation des quatre îles des Comores d’une part, de trouver un dénominateur commun dans ce domaine pour agir dans l’intérêt du consommateur, d’autre part. Le terreau socioculturel et économique aidant, l’occasion fut belle pour tenter de faire germer un projet d’action concertée de cette initiative des consommateurs comoriens. Car si les desseins politiques divergent, les consommateurs de l’Archipel des Comores ne partagent pas moins les mêmes compagnies de transport aérien et maritime, les  mêmes sources d’approvisionnement, le même mode d’alimentation, les mêmes périodes de pics de consommation, mais aussi les mêmes déconvenues par rapport aux fluctuations des différents marchés.

La vie chère sévit aussi bien sur le lagon que sur le sommet du Karthala. Elle cristallise l’ire des plus défavorisés, tous les conflits sociaux, les rivalités politiques et la fracture sociétale. C’est la raison pour laquelle, conscients des enjeux d’une telle démarche, Monsieur le Préfet de Mayotte Thomas DEGOS, les opérateurs économiques, les élus intéressés par la coopération régionale et les organisations actives contre la vie chère ont prêté une oreille attentive aux propositions de Monsieur Mchangama. En matière de consommation il a répété à l’envi devant ses interlocuteurs et auprès des médias, l’urgence à faire en sorte que la priorité soit donnée à la production et à la consommation des produits du terroir. Cela bénéficierait à la fois à l’économie régionale, créerait des emplois et favoriserait un pouvoir d’achat qui ne cesse de se réduire comme peau de chagrin dans l’ensemble des îles. Dans son élan de développement, le tissu économique mahorais aurait tout à gagner en entretenant des échanges commerciaux privilégiés avec ses voisins. Atteintes par le syndrome du consumérisme mondialisé, Mamoudzou et Moroni importent environ quatre vingt dix pour cents de produits de première nécessité, dont nous ignorons et la traçabilité et les règles de fixation des prix. Cela au détriment de la production locale reléguée à la marge de nos besoins, eut à souligner le président de la FCC auprès des médias. Il rappela qu’en matière de transport aérien, nous empruntons les mêmes compagnies, pour les mêmes destinations et subissons les mêmes mépris des opérateurs sur notre prise en charge au cours de nos déplacements.  Penser la consommation, c’est aussi trouver les voies et les moyens de valoriser autant que faire se peut les bases de l’alimentation locale afin de limiter notre dépendance patente vis-à-vis des multinationales. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’idée séduit : rien d’étonnant dans ce monde globalisé dans lequel la majorité silencieuse donne de plus en plus de voix contre des inégalités croissantes comme l’actualité nous le rappelle à tout bout de champ. Ainsi, le Préfet de Mayotte  qui, depuis des mois, essuie un feu roulant de conflits sociaux peut-être plus durs  à Mayotte, et le président de la FCC qui s’insurge contre les abus des distributeurs à l’égard des consommateurs de l’Archipel, surent se mettre au même diapason sur l’analyse du contexte socio-économique de l’archipel. Au travers de  la coopération régionale, M. Degos encourage le président de la FCC à se rapprocher des partenaires sociaux mahorais pour élaborer des stratégies concertées en matière de consommation, afin d’endiguer cette déferlante de la vie chère. Il y va de la quiétude sociale et du développement des économies embryonnaires de l’archipel. C’est aussi le point de vue de Sarah Mhoussoune, conseiller général de Dembéni et vice-présidente du conseil général, très impliquée dans la mise en place d’une vraie coopération régionale réciproque qui pourrait limiter les difficultés d’approvisionnement des marchés locaux. Quant aux associations  actives contre la vie chère à Mayotte, leurs représentants s’accordent à dire que  si le contrôle des prix est un nœud gordien tant le flou en la matière prévaut, leur  volonté d’échange avec la FCC est clairement affichée. Ils adhèrent au message de M Mchangama sur le fait que Mayotte est para­ly­sée, Moroni l’est aussi (pénu­rie, contre bande, mar­ché noir et grand ban­di­tisme). Les deux territoires étant  approvisionnés par les mêmes circuits. D’où l’intérêt de travailler main dans la main autant que les autorités françaises et comoriennes le facilitent. En effet, le parcours personnel du président de la FCC ne laisse pas indifférent et chacun de ses déplacements suscite les interrogations les plus diverses surtout politiques. M. Mchangama qui est actuellement le président de l’alliance des ligues méditerranéenne et africaine contre le cancer tint à rappeler auprès de l’ensemble des médias de Mayotte que, depuis une quinzaine d’années, ses activités de citoyen comorien s’illustrent par l’amélioration du quotidien de ses congénères : mise en valeur de l’action des maires des communes de Ngazidja dont il fut le président, création de l’association des consommateurs comoriens et mise en oeuvre d’une coopé­ra­tion régionale pratique entre l’île de la Réunion (Département français) et l’Etat comorien pour la prise en charge des ressortissants comoriens atteints de cancer. Et à charge aux autorités politiques de traiter  entre eux le différend politique entre la France et l’union des Comores. En revanche, en qualité de citoyen, Saïd Mohamed Mchangama se doit d’échanger avec ses voisins immédiats non sur les sujets  qui les divisent mais sur ceux qui les rassemblent : la consommation, l’éducation, la santé, la formation des individus. Ces défis plus contemporains que jamais ne sauraient être l’apanage d’oracles rompus aux incantations dans les eaux troubles du tsunami mondialiste.

Par conséquent, soucieux d’allier les paroles aux actes, le président Mchangama prit rendez-vous avec les partenaires mahorais pour une action concertée à Moroni, Dzaoudzi-Pamandzi, Marseille et Paris pour la diaspora, contre le manque de prise en charge des voyageurs sur Kenya Airways dès réception de la réponse du courrier qu’il a adressé à ladite compagnie. Par ailleurs, de ces nombreuses rencontres, émergèrent moult suggestions sur d’autres actions  à mener dans l’avenir :

  • Echanges d’informations diverses et des actions sur la défense des consommateurs
  • Echanges en matière de formation de jeunes agriculteurs, pêcheurs et tourisme
  • Sensibilisation des travailleurs comoriens sur la valorisation de leur réalisation et leur rôle dans la société,
  • Stages de formation en gestion d’entreprise pour les jeunes entrepreneurs comoriens par la diaspora,
  • Conférence sur  des sujets divers : santé, éducation, alimentation
  • Coopération universitaire entre les deux territoires de concert avec les professionnels concernés

Cette première à Mayotte pour le président de la fédération des consommateurs comoriens a eu le mérite de montrer aux frères mahorais que les adultes que nous sommes en pleine globalisation économique seront jugés par nos concitoyens sur notre capacité à dépasser les différences pour vivre en bon voisinage.

Le cercle de la FCC à Mayotte

Print Friendly, PDF & Email